“Esmerate”, Brigitte Seth et Roser Montllo Guberna font de leur mieux

11/04/17 par  |  publié dans : A la une, Danse, Scènes | Tags : , , , ,

 

 

« Fais de ton mieux »
Esmerate, la danse théâtre au féminin de Roser Montllo Guberna et Brigitte Seth

Il y a les danseurs chorégraphes, et il y a les acteurs metteurs en scène.
Et puis il y a des nomades qui passe d’un genre à l’autre, ou qui réunissent les deux.
A faire deux choses en même temps, on court le risque d’être limité dans les deux, mais des scientifiques prétendent que les femmes peuvent mener de front une multitude de tâches. Certains prétendent que c’est culturel, d’autres que c’est structurel, que leur activité corticale est organisée complètement différemment de celle des hommes. Nous ne trancherons pas ici la question, ce n’est pas notre propos, mais force est de constater que ce sont deux metteuses en scène et chorégraphes qui ont inventé cette pièce totalement atypique et néanmoins parfaitement réussie.

 

Le propos

Il y a le propos, une série d’expériences scientifiques dont l’objet est d’examiner comment faire de son mieux pour atteindre le bonheur, où les acteurs sont tour à tour cobayes et expérimentateurs.
Mais il y a également la conclusion « Estamos todos locos », nous sommes tous fous.
Chacun recevra ce propos de sa place, on peut le lire comme un univers psychiatrique ou la règle est le dialogue de sourd et l’incommunicabilité, les panneaux blancs qui découpent l’espace et les blouses blanches des observateurs en sont les symboles incontournables, ou encore une charge contre la psychologie expérimentale qui ne sait pas faire la différence entre un rat de laboratoire et un être de parole, qu’on dit humain par pure convention.
Quoi qu’il en soit, c’est du théâtre de l’absurde où on reconnaît tout du long l’héritage de Samuel Beckett.

 

Côté danse c’est également inclassable, nul ne peut douter que ce sont des danseurs qui dansent, pas des amateurs qui font semblant, tant la technique se fait oublier au point de paraître aller de soi.
Ça se situe approximativement entre l’expressionnisme d’Isora Duncan et la non danse de maguy Marin en passant par la danse classique avec un grand jeté impeccable ou des ensembles contemporains parfaitement maîtrisés. Ça pourrait être du grand n’importe quoi, c’est d’une liberté sans complexe.

 

 

Le public rit beaucoup, l’absurde prête toujours à rire, mais prêter n ‘est pas donné, parfois le rire grince ou s’étrangle, il est de ceux vers lesquels on se hâte, avant que d’en pleurer.
Entre théâtre et danse elles ne choisissent pas, elles réussissent les deux.
C’est périlleux, mais quand le saut finit sur un sans faute, c’est beau.
A surveiller, elles n’ont pas dit leur dernier mot.

Jean Barak

 

Partager :
  • Facebook
  • Twitter
  • Print
  • email

Laisser un commentaire