[Festival d’Avignon] André Benedetto, l’inventeur du “Off”

31/07/14 par  |  publié dans : Scènes, Théatre | Tags : , , ,

Théâtre des Carmes

André Benedetto a créé ou mis en scène près de 70 pièces de théâtre, dans ce lieu nu et discret, à l’intérieur des remparts d’Avignon, sur la place des Carmes. Il est parti en 2009, au bout de lui même, toujours debout. Juste deux semaines après sa première femme, elle même comédienne, en plein festival, comme Philippe Avron en 2010.

Le Théâtre des Carmes « André Benedetto » est toujours là, il y sera tant qu’il y aura du théâtre en Avignon. Le vieux rebelle, marseillais né en 1935 devenu instituteur -en Avignon- avait créé ses pièces protestataires incandescentes en marge du Festival, « Les classiques au poteau, la culture à l’égout », d’autres rebelles l’avaient rejoint l ‘année suivante.
Il n’a donc pas créé le Festival Off, il l’a inventé. Nuance. On objectera que le festin de brousse s’est macdonaldisé, « merchandisé », que le plus grand théâtre du monde n’est plus -dans le In- qu’une vitrine de produits de luxe et, dans le Off, qu’une grande surface de la sous culture, pour consommateurs passifs. Certes, nul n’est comptable de la destinée de ses enfants, fussent-ils putatifs ou morganatiques, c’est leur libre arbitre. Les aigles ont engendré des faucons, qui en ont engendré des vrais, mais pas que. Si le Festival est devenu un monstre qui dévore ses enfants, il reste quelques vieux grognards rejoints par de jeunes loups, de jeunes louves également, qui sortent du bois dès que le noir se fait. Ils y sont aussi, il faut les trouver dans cette forêt synthétique.
Loup solitaire et chef de meute, André Benedetto souffrait de lycanthropie théâtreuse, la scène le métamorphosait.

Yann KaraquilloÊtre ou disparaître

Il y hurlait sa douleur d’être, alors, pour exister, il créait.
Il a été interprété par Philippe Caubère et Jean-Claude Drouot, dans son lieu mythique, il est aujourd’hui mis en scène dans son propre théâtre par Michel Bruzat. Il revit dans l’incarnation de Yann Karaquillo (photo ci-contre), accompagné par Catherine Delaunay, créatrice de sons étranges. Il joue Ajar à midi et Benedetto à 15h30. Comédien, chanteur, parolier, metteur en scène, ce Yann est un tourbillon qui tue l’angoisse de s’exposer à nu, en « tractant » comme un étudiant en quête de subsides ou de places offertes dans ces salles obscures. Dans le texte de « L’Acteur Loup » tout est dit de la fonction de l’auteur-acteur: être là pour que « ça » advienne. « Ça », on ne sait pas ce que c’est. Quand l’acteur n’y est pas -il sort de scène- ça ne se produit pas.

Qui dévore qui? L’auteur se nourrit-il de la chair du public ou celui ci dévore-t-il l’inconscient qui entre là, en quête de ce on ne sait quoi, qui doit se produire, puisque l’acteur est là, exposé?
Il a joué Koltes ou Ajar, Rimbaud ou Genet, Jarry ou Dostoïevski, Rabelais ou Hugo, souvent avec Bruzat, dont la mise en scène a l’élégance de se faire oublier.

Question de civilisation

Nous avons changé de civilisation, le théâtre populaire a vécu, il est devenu populiste, « l’élitisme républicain pour tous » est devenu une niche pour intellectuels branchés, de peu, Avignon a failli basculer dans un égout qu’on croyait asséché, « le ventre d’où est surgi la bête immonde » est plus que jamais fécond. Pourtant, sous la cendre, le feu brule toujours.
Il y a encore des espaces de liberté en Avignon.

Photos : Jean Barak

Infos sur “L’Acteur loup” sur le site du théâtre des Carmes.

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