“Food” au MUCEM : Ca ne se mange pas, ça se bouffe

01/03/15 par  |  publié dans : Danse, Scènes | Tags : , , ,

Charmatz 2015

Quand le Musée des civilisations de l’Europe et de la Méditerranée (MUCEM) et Marseille Objectif Danse invitent Boris Charmatz pour conclure l’exposition « Food », la pièce « Manger » est de rigueur. Créée pour la scène, elle est en cette occasion adaptée à l’espace muséal pour offrir une grande proximité entre le public, les œuvres exposées et la chorégraphie, conçue comme une pièce de musée vivante.

Danser

Les soli des neufs danseurs se succèdent, ponctués de duos et de regroupements, tout au long de ces deux journées de week-end end à cheval entre février et mars.
Ils et elles bouffent, il n’y a pas d’autres mots pour ça, des feuilles de papier, en format A4 précise-t-on, A3 c’est trop grand, ça cache le visage, le papier journal c’est salissant, mais est-ce bien important? De toute façon, c’est indigeste.
Boris Charmatz est danseur, notamment de Duboc Chopinot et Grandville, interprète et improvisateur, puis également chorégraphe depuis 1993, auteur de quatorze pièces. Directeur du Centre National de la Danse de Renne et de Bretagne, qu’il a conçu comme une sorte de musée vivant de la danse.
Il a été artiste associé au Festival d’Avignon en 2011 où il a présenté « Enfances » dans la cours d’honneur du palais des Papes. On l’a vu en 2013 danser « Partita II » dans la même cour prestigieuse avec Anne Térésa de Keersmaeker, figure internationale aussi incontestable que contestée de la danse contemporaine Flamande.

Enfances

Cette pièce était un traité de la maltraitance, des enfants inertes manipulés par des adultes pervers jusqu’à la nausée, jusqu’au final « éblouissant » où les victimes se transforment en bourreaux et font subir aux adultes le traitement qui leur a été infligé, sans oublier une scène primitive sous leurs yeux attentifs, comme dans la vraie vie. L’explosion de joie de la fin ne dissipait pas le malaise.

Manger

Dans le droit fil de cette joie de vivre, il y apparaît que manger se situe entre le sublime de la haute gastronomie et le réel vociféré la bouche pleine de papier mâché, pour nous rappeler ce qu’au bout du compte nous sommes: des usines à merde.
La bouche y est un objet érotique ou une béance insatiable de nourritures infectes ou sublimes, muqueuses humides où s’origine la langue, l’organe ou la fonction, le souffle, la voix, le chant, même la bouche pleine. Érotisme de la succion, spasme de la déglutition, horreur de la dévoration, sublime de la poétisation. Entre fonction mythopoïétique et sphincter sordide, objet de toutes les fascinations.
Les danseurs sont excellents, la performance impressionnante, étrange et inquiétante. Le malaise subsiste longtemps.
La doxa de Marseille Objectif Danse est de cultiver la marge, voire et même la marginalité, c’est une partie intégrante et indispensable du paysage culturel.

Si vous l’avez raté, c’est trop tard, c’est passé. Si vous patientez assez longtemps, peut-être ils reviendront.

Photos : Jean Barak

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