François Cervantès face à Médée au Théâtre du Merlan

28/01/17 par  |  publié dans : A la une, Scènes, Théatre | Tags : , , , ,

François Cervantes

L’entreprise est le nom de la Compagnie de François Cervantès créée en 1986, domiciliée à la Friche Belle de Mai depuis 2004. Il est « Artiste de la Bande » associé au Théâtre du Merlan, Scène Nationale, et artiste invité au Conservatoire National Supérieur d’Art Dramatique.
« Face à Médée » a été créé ces 19 et 20 janvier 2017 au Merlan, ces 6,7 et 8 avril les étudiants du Conservatoire National Supérieur d’Art Dramatique de Paris créeront sous la même direction « Anton Claire et eux », sur le même plateau.

 

François Cervantes

Le mythe

Jason, fils d’un roi usurpé, est envoyé par son oncle félon à la recherche de la toison d’or, il ne doit jamais en revenir. Elle appartient au Rois de Colchide, qui ne la lui cédera que si Jason réalise des travaux impossibles. Mais le roi Eétes a une fille, Médée, dotée de pouvoirs magiques. Elle permettra à Jason de triompher des épreuves et s’enfuira avec lui, et la toison. Pour retarder ses poursuivants elle découpe en morceaux son jeune frère, ils doivent recueillir les restes macabres pour offrir une sépulture digne à l’héritier du trône.
De retour au pays, l’oncle usurpateur a tué le roi, par ruse Médée le fait couper en morceaux par ses filles pour le rajeunir, mais ne dit pas les formules magiques. Bannis, ils se réfugient à Corinthe, mais Jason tombe amoureux de la fille du roi. Médée lui offre une robe qui la brûle ainsi que le roi, incendie le palais et égorge les deux enfants qu’elle a eu de Jason.

 

François Cervantes

Médusés

Médée est le mythe de la férocité faite femme, annihilant l’idée convenue des attributs de douceur, de bienveillance et d’amour maternel d’icelle envers ses enfants et l’humanité entière. Généralement, jusqu’à Margaret Thatcher, on considérait que la violence était liée à la testostérone et à l’usage du pouvoir qui en est la résultante. Le mythe a évolué avec le temps, ou Médée est humaine mais conduit un char volant, ou d’origine divine, fille de Roi et sorcière. La représentation du mythe frappe le spectateur d’horreur depuis plus de 2500 ans.

Archétype

Lacan eut pu dire qu’elle est la représentation de la jouissance pure, « l’hainamoration », le couple amour haine sans interdit ni barrière, sans regret ni remord, le « mal absolu ». Certes, ici ou là, on trouve un couvent où sont enterrés une centaine d’anges qui n’auraient pas du naître de ses pensionnaires fautives, mais c’est en Angleterre, ou, la modernité aidant, des bébés dans un congélateur, mais c’est pathologique.

 

François Cervantes

Face à Médée

On le voit, le Médée d’Euripide est un monument qu’on n’aborde qu’avec effroi et tremblements, le parti pris de François Cervantès est de transposer le drame à la période actuelle, décrit en temps réel par le chœur de trois femmes, témoins frappés d’horreur, face au public. Une mise à distance de l’insoutenable, comme Pasolini dans « Salo », où la scène la plus atroce est vue à travers la longue vue d’un observateur. Comment penser l’impensable ? Quelle mère n’a jamais été traversée fut-ce une fraction de seconde par la pensée « Je vais le tuer ! » aussitôt refoulée ?
La pièce interroge la présence de la pulsion animale en nous, celle qui peut transformer la passion amoureuse en haine meurtrière, jusqu’à tuer ses propres enfants pour infliger à leur père des souffrances pires que la mort. En ces temps de retour du refoulé où la sauvagerie reprend ses droits, décapant le mince vernis de la culture, on s’habitue à tout, l’horreur face à Médée est le dernier rempart de la civilisation. Une sorte de vaccin avant le point de non retour.
Jean Barak

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