Gaspard Proust : joli, sale et méchant

18/10/11 par  |  publié dans : Scènes | Tags : , ,

Un one-man show s’ouvre généralement par l’arrivée sur scène d’un mec sur vitaminé, gesticulant et à la grimace facile, semblant vouloir exprimer de tout son corps l’idée que pour faire rire, il faut envoyer du lourd ! Entendez par lourd, confondre humour et pitrerie. Or pour Henry Bergson si « le rire provient de l’inattendu », avec Gaspard Proust on comprend mieux pourquoi.

Inattendu, déjà par son entrée en scène. Tranquillement assis dans votre fauteuil à discuter avec votre voisin, la salle est pleine, tout le monde fini de s’installer et dans le brouhaha général, vous ne remarquez pas ce type qui descend les marches sa veste sur le dos. Jusqu’à ce qu’il monte sur scène…c’est Gaspard Proust. Il arrive tel quel, comme n’importe quel spectateur avant lui. Sur scène, il prend son temps. Il dépose tranquillement ses affaires sur une chaise, avant d’attraper son portable pour réponse à un texto. On est tout de suite mis au parfum, ce spectacle ne sera pas comme les autres.

© Alain Leroy

Cela se confirme dans le propos. Âmes sensibles s’abstenir : ce trentenaire, plutôt bel homme, au look d’étudiant à Science-Po, est un véritable sale gosse. Il appuie là où ça fait mal et s’en amuse.
Quand le public s’offusque, il sourit et jubile déjà à l’idée d’en rajouter une couche. Quand il mime une scène de sexe, il fait les bruitages et nous dit d’y repenser dans nos futurs rapports. Quand il jette un œil à son portable, il regarde l’heure en lançant « c’est pas vrai, ça passe pas! ». Tout son spectacle se construit ainsi. Il titille en permanence la salle, et ça marche : le public rit à tout, il est conquis. Car la grande force de Gaspard Proust est de dégainer avant qu’on ne l’abatte. Il fustige d’avance les réactions des spectateurs, ce qui l’immunise contre toutes les critiques. Quoi que vous disiez ou fassiez, il l’a déjà tourné en dérision dans son spectacle. Il mime ainsi les journalistes de Télérama en train de se branler sur ses meilleurs mots, se fout du spectateur outré qui se lève et quitte la salle, ou encore de celui qui se permet de donner son avis à la sortie, alors que – selon lui – il n’y connaît rien. La démystification est totale.

Alors oui certes, on pourrait bouder et se vexer, se sentir trahi par cet être exécrable qui ne respecte définitivement rien, nous les premiers. Mais, dans une société où le politiquement correct fait des ravages, on croyait tous les sujets minés. Arrive un vaillant guerrier, le chevalier Proust, ne se dissimulant pas comme les autres sous sa cape (préférant le subterfuge du sale caractère), brandissant bel et bien son épée pour défendre notre liberté d’expression. Il balance sur tout, le handicap, la maladie, la mort, la religion, la vieillesse, le sexe, et ça envoie du lourd, enfin ! Entendez par lourd, lancer le pavé dans la marre, parler du sujet qui fâche, mais le faire avec subtilité et talent pour fustiger la vie dans ce qu’elle a de pire.

Alors, on le remercie.

On le remercie, car le spectacle auquel on vient d’assister est rare. Parce que sous couvert de nous mépriser, il nous respecte profondément et nous fait confiance pour discerner le vrai du faux dans ce qu’il dit. Face à lui, on redevient des êtres doués de raison, et non plus de simples consommateurs.
On le remercie de ne plus nous laisser, comme partout ailleurs dans l’espace médiatique, dans une espèce de légèreté ambiante, nous faisant croire que c’est pour notre bien (- quand il s’agit seulement de tuer notre réflexion et de nous vendre plus).
On le remercie de ne pas prendre des pincettes, de ne pas nous préserver, de nous en foutre plein la tronche, car c’est vivifiant, jubilatoire et cathartique.
On le remercie enfin, d’oser.

Retrouvez les dates de Gaspard Proust sur http://www.gaspardproust.com
* Jusqu’au 23/10 au Théâtre du Rond Point (Paris)
* du 08 au 12/11 et du 13 au 17/12 à la Salle Gaveau (Paris)
* les 06 et 07/12 à Nice

Photographie © Alain Leroy

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