Hélène Blackburn aux Salins

09/05/19 par  |  publié dans : A la une, Danse, Scènes | Tags : , , ,

La preuve par « 9 » de la Compagnie « Cas Public »

En collaboration avec la compagnie belge « Kopergietery » pour le film de Kenneth Michiels, fondatrice de la compagnie “Cas Public”, la chorégraphe canadienne Hélène Blackburn a joué « 9 » au Théâtre des Salins, un spectacle « tous public ».

Les spectacles pour enfants sont souvent infantiles, certains adultes pensent qu’il faut bêtifier pour être compris par le public enfantin. Ce n’est en aucun cas la démarche de « cas public » dont le spectacle est très exigeant, tant dans l’originalité de son propos que dans la rigueur de la danse, très atypique, mais fondée sur le socle d’une formation classique aussi rigoureuse que maîtrisée.

D’ailleurs le jeune public ne s’y trompe pas. Les enfants sont dans le ressenti, pas dans l’intellect, tolérants et ouverts aux propositions artistiques. On oublie qu’ils vivent dans un univers intérieur fantasmagorique qui en font naturellement des artistes en herbe.

« 9 »

« 9 » parce que le danseur Cai Glover avait 9 ans quand il a perdu l’audition au décours d’une méningite, que la musique du spectacle est la Neuvième symphonie de Beethoven, musicien devenu sourd, Etc… Outre l’écriture complexe, “symphonique”: solo, soli, duo, quatuor ou quintettes, danse à l’amble ou en canon, propositions de phrases dansées par Daphnée Laurendeau -la seule danseuse du groupe- reprises par les danseurs, la vidéo onirique projetée met en abîme le propos de la danse. Elle suit un enfant sourd immigré qu’on pensait attardé, jusqu’à ce que sa surdité soit diagnostiquée et qu’il soit appareillé.

Langage des signes

La gestuelle est fondée sur le langage des signes, jusqu’à traduire littéralement l’hymne à la joie. Au delà même, la chorégraphe a inventé une gestuelle propre inspirée de ce langage. La Neuvième symphonie est passée à la moulinette par Martin Tétreault, dont de nombreuses versions sont remixées, un peu comme si elle était perçue par des malentendants. C’est que ce spectacle est entièrement centré sur le handicap du danseur, sourd profond sans ses prothèses auditives qui ne fonctionnent plus quand il danse, la transpiration faisant court-circuit.

Atypique

Alors il se base uniquement sur les vibrations et l’unisson des danseurs. Sous une lumière crue, ils sont habillés de vêtements sombres, la lumière apparaît ici et disparaît là, au claquement de doigts, l’éclairagiste Emilie B-Beaulieu est une actrice à part entière de cet objet totalement atypique parfaitement réussi.

Plus qu’une curiosité, plus qu’un spectacle « pour enfants », c’est une pièce chargée de son poids d’humanité et d’une grande beauté plastique.

Qu’on se le dise !

Avec Cai Glover, Robert Guy, Daphnée Larendeau et Danny Morissette, Alexander Ellison

Jean Barak

Partager :
  • Facebook
  • Twitter
  • Print
  • email

Laisser un commentaire