Hello, my name is Cédric Andrieux

03/02/12 par  |  publié dans : Danse, Scènes | Tags : ,

Cedric Andrieux
Celui que la presse a nommé « pape de la non-danse » vient de présenter son dernier spectacle à Bruxelles, intitulé du nom du danseur Cédric Andrieux. Non-danse ? Jérôme Bel est chorégraphe et rejette, non sans raison, cette appellation déraisonnable.

Cédric Andrieux est la cinquième création depuis Véronique Doisneau qui place au cœur de la scène la mémoire d’un danseur. À l’origine une commande de l’Opéra de Paris en 2004, Jérôme Bel a choisi de dresser le portrait de Véronique Doisneau, danseuse dans le corps de ballet de cette grande institution. Prête à partir à la retraite, son rêve de devenir danseuse étoile est resté irréalisé. Le projet : la danseuse raconte sa carrière, les chorégraphes qu’elle a préféré interpréter, ceux qu’elle a le moins aimé, son rôle (de papier peint) dans Le Lac des cygnes, etc. Très touchant et frappant de révélation sur le monde ardu de l’Opéra de Paris, le chorégraphe français a décidé de ne pas en rester là. Après Pichet Klunchun and myself, Isabel Torres, Lutz Förster, c’est au danseur Cédric Andrieux qu’il propose de dévoiler sa carrière.

Le grand blond arrive en survêt, la marche tranquille, un sac de sport à l’épaule. Il nous en révélera un peu plus tard le contenu : avec entre autre, un justaucorps qu’il portait pour les spectacles du chorégraphe américain Merce Cunningham, père de la danse moderne. « Comme vous le voyez, le justaucorps ne masque rien. [Rires dans la salle] » Bien obligé alors de porter un string spécial pour homme couleur chair, qu’il nous exhibe, avant d’aller se changer en coulisse, laissant la scène vide et le temps aux spectateurs d’échanger leurs premiers commentaires.

Bien sûr, il ne nous aura pas tout dit en 1h20 de représentation, mais suffisamment pour se faire une idée de l’ambiance qui devait régner dans le studio new-yorkais du grand Merce. On imagine les danseurs en train de s’échauffer, Merce Cunningham en train de marquer le rythme et la fenêtre du studio offrant une vue imprenable sur le New Jersey… Pendant huit ans, Cédric Andrieux a cherché à accomplir le mouvement impossible que le logiciel du chorégraphe lui demandait d’exécuter. Durant les dernières années de sa vie (Merce Cunningham nous a quitté en juillet 2009, un mois après la disparition de Pina Bausch), le chorégraphe utilisait un logiciel, créé spécialement pour lui, remettant ses chorégraphies au hasard. Avec la distance du regard qu’il porte sur ces années passées au sein de la compagnie, Cédric Andrieux nous révèle qu’il a finalement compris que Merce Cunningham n’exigeait pas de ses danseurs la réussite ou l’échec d’accomplir ces mouvements extrêmes, mais plutôt de vivre l’expérience pure du mouvement.

Il danse pour nous, comme autant de cadeaux, différents extraits des chorégraphies qu’il a pu interpréter. Après avoir quitté The Big Apple, il s’incorpore au Ballet de l’Opéra de Lyon, où il interprétera un répertoire très vaste : des chorégraphies de William Forsythe, Odile Duboc, Mats Ek, Jérôme Bel et surtout Trisha Brown, qui lui offre une liberté et un plaisir de danser tout particulier. Ultime expérience, il scrute chaque visage des spectateurs sur la musique de Police, « Every breath you take », extrait de The show must go on de… Jérôme Bel. Pas très spectaculaire, au sens virtuose du terme, mais cette scène fait son effet.

La parole est enfin donnée à ceux qu’on entend le moins dans le monde de la danse et qui sont pourtant ceux qui la font : les danseurs. Jérôme Bel nous prouve encore une fois qu’il n’y a pas besoin de grand chose pour nous atteindre. Cédric Andrieux est un spectacle profondément humain, profondément touchant et qu’il faut absolument aller voir.

Toutes les dates sur le site de Jérôme Bel : www.jeromebel.fr/

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