Irène Tassembédo et le manteau rouge sang de l’Afrique

06/10/14 par  |  publié dans : Danse, Scènes | Tags : , ,

Kamuyu WanjiruLe centre national chorégraphique Ballet Preljocaj d’Aix en Provence a accueilli au Pavillon Noir, Irène Tassembédo, pour une pièce chorégraphique dédiée à cette Mama Africa tant aimée, tant pleurée, tant détestée.

Liberté

Myriam Makéba, « Mama Africa », nous a quittés en 2008, nous laissant -comme aux générations futures- son rêve de liberté, enfin réalisé. Mais que faire de cette liberté dans un tel naufrage?
Riche de minerais et de diamants comme de « bois d ‘ébène », l’Afrique a fait la richesse de l’Europe, des négriers et des marchands. Au prix du sang et des larmes les africains les ont chassés, l’esclavage à visage humain à abandonné une place nette, au bénéfice de la sauvagerie des chefs tribaux, mais les compagnies multinationales sont restées. Pays pauvres en voie de sous développement, continent pillé est ravagé, en proie au réchauffement climatique, au paludisme et au sida, de nouveaux fléaux apparaissent, pires que tous les autres : ébola et les islamistes ultra radicaux, la malédiction et les nouveaux fous de Dieu.
Merci pour Lui.

Danse contemporaine

Nous connaissions une danse traditionnelle africaine qui se modernise, celle de Germaine Acogny qui la détourne avec un humour ravageur, celle afro américaine de Zollar. La danse d’Irène Tassembédo est résolument contemporaine, au point que l’irruption de la plus pure des danses traditionnelle dans sa chorégraphie a l’air d’être à la pointe de la modernité. Et certainement, elle l’est.

Excellence

Musique du monde avec instruments traditionnels et batterie sur scène, flute, kora, calebasses et tamani, le tambour d’aisselle, les tambours d’Afrique vous traversent les viscères.
Ida Faho Biemoubon, toute de grâce fragile, Serge Somé, Florent Nikiema viennent du burkina Faso, ils reviennent au Pavillon Noir où ils ont été en résidence, Aly Karambé vient du Mali.
Les interprètes sont tous exceptionnels, mais « Le Manteau » de Irène Tassembédo est dominé par la prestance éblouissante de la Kényane Wanjiru Kamuyu, danseuse afro américaine, artiste complète. On l’a vue actrice de théâtre ou de télévision, danseuse chorégraphe ou chanteuse, elle a joué ou dansé pour une dizaine de compagnies dont celles de Jo Zollar, Jérôme Savary ou Hassane Kassi Kouyaté.
« Urban Bush Women », femmes de la brousse urbaine -c’est le nom de la compagnie de Jawole Willa Jo Zollar- belle panthère noire a la souplesse et la fulgurance de félin, mangeuse d’hommes,Wanjiru Kamuyu est la figure emblématique de « La » femme africaine émancipée. Forte personnalité, elle a gagné sa liberté aux États Unis et en France. Aux influences Jazzy et classique, hip hop ou contemporaine, sa danse mêle des bouffées caribéennes, africanité déportée oblige.

Le discours et la méthode

Fondatrice d’une école de danse contemporaine à Ouagadougou, comédienne, scénariste, documentariste et chorégraphe, la parole d’Irène Tassembédo est sans complaisance, artifices ni détours. « Je te pleurerai, je te détesterai, je te tuerai, Mama Africa! ». Toujours plus de sang, toujours plus de souffrance de larmes et de colère.
La peur et l’angoisse rongent les âmes. « Peut-on encore danser » se demande-t-elle?
L’art a-t-il encore un sens?
On n’a pas le choix.

Que faire?

« Continuer de vivre » disent les sud américains. Ne jamais perdre l’espoir disent les africains. S’exprimer, créer, danser, crier sa révolte. Aimer.
Souleimane Démé, danseur et comédien, est gravement handicapé. La poliomyélite lui a volé une jambe, le vaccin n’est pas arrivé jusqu’à lui, ou un accident de naissance. Il danse, sans pathos, compensant de tout son corps et de toute son énergie la défaillance due au handicap, un autre fléau de l’Afrique.
« Rien n’est impossible » dit-il, c’est l’autre visage de l’Afrique.
Aussi douloureuse et meurtrie qu’elle soit, l’Afrique n’a pas dit son dernier mot.
Irène Tassembédo crée une pièce indispensable, poignante et belle, à l’énergie explosive.


Photos Jean Barak

 

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