La Curva : le mariage du flamenco

18/01/12 par  |  publié dans : Danse, Scènes | Tags : , , ,

Décidément, ce sévillan n’est jamais où on l’attend ! De qui parle-t-on ? Du danseur Israel Galván, le plus contemporain des artistes flamencos. Celui qui, sans pour autant fuir la tradition qui l’a bercé, la met à profit pour jouer avec ses ingrédients. Son dernier spectacle La Curva, qui se jouait jusqu’au 17 janvier dernier au Théâtre de la Ville à Paris, est un mélange détonnant de références et d’innovation. Il nous parle à la fois de passé et de futur, et fait dialoguer le piano fou de Sylvie Courvoisier avec la voix profonde d’Inés Bacán.

La Curva est un hommage au danseur de flamenco, Vicente Escudero, qui donna un récital d’inspiration cubiste dans un théâtre parisien appelé La Courbe. Ceux qui ont eu la chance d’y assister disaient de son zapateado (technique de pieds extrêmement rapide) qu’il rappelait le bruit des chaises qui tombent. Israel Galván utilise cette mémoire pour en faire un élément musical. Avec lui, tout devient rythme : le déplacement d’une chaise sur le sol, de l’air sur les cordes du piano, les compás (rythme frappé dans les mains) de son comparse Bogote… Lui-même devient musique. Tout son corps est mis au service du rythme. Il répond aux notes endiablées de Sylvie Courvoisier, étonnante trouvaille, qui nous transporte dans un ailleurs temporel. Il devient cinématographique, appelle un taxi, veste en cuir sur le dos, avec la classe d’un acteur hollywoodien, mais à l’accent andalou. Il trace son chemin, plein de rage de vivre et d’y arriver. Arriver à quoi ? À séduire son public peut-être. Dans un dialogue avec lui-même, il dit « le public, c’est l’amour » et se répond « l’amour, c’est le public ». Israel a du chien, il ne manque pas d’humour et tire parfois même au comique, un peu Charlie Chaplin, l’air de ne pas y toucher. Clown triste aussi, assis sur une chaise ou de dos sur la table, il nous laisse le temps de ressentir la mélancolie tant de la composition au piano, que du chant jondo de la gitane Bacán.

L’un des plus beaux moments du spectacle, summum de la fusion entre deux temporalités opposées, entre le souvenir doré du passé et le regard vers l’avenir, est celui de sa danse sur un tapis de sable blanc. La poussière vole, ses pieds s’emballent, il dessine au sol, couvre sa tenue noire de cette poudre blanche, devenant ainsi un être hybride. Israel Galván a l’art de transformer. Son flamenco est mené loin des sentiers battus et lui nous amène dans son univers poétique, où tous les sons ont leur importance, où tous les mouvements sont d’une précision incroyable et où nous sourions, sans savoir si on est heureux, ou simplement mélancolique.

En savoir plus sur Israël Galvàn : http://www.israelgalvan.com/

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