La Fuite de Boulgakov à la Criée

08/10/17 par  |  publié dans : A la une, Scènes, Théatre | Tags : , , , ,

La Fuite

Macha Makeïeff, Directrice du Théâtre National de La Criée, met en scène « La Fuite ! » de Mikhaïl Boulgakov

Le régime tsariste était implacable, la révolution a fait naître un immense espoir dans le monde entier. Mais comme elle était nécessairement faite par des hommes, elle a dévoré ses enfants. L’histoire nous a appris que Danton, corrompu, a doté son pays d’une législation révolutionnaire, et que l’incorruptible Robespierre a noyé la révolution dans le sang. Bien entendu ce n’est jamais aussi simple. A Paris comme à Moscou la contre révolution était à l’oeuvre, et comme les armées étrangères accourues au secours des maîtres de ce monde, elle ne faisait pas de quartier. On sait à Marseille comment Monsieur Thiers -qui a toujours son lycée à 400 mètres de la salle du serment du Jeu de paume- a massacré la Commune de Paris, modèle des démocraties européennes.
Là-bas, les armées du tsar vaincues, les militaires qui n’aiment rien tant que les beaux massacres et tous ceux qui avaient de près ou de loin profité du régime ont fuit les rouges sanguinaires, qui à l’époque ne l’étaient pas encore tant que ça. C’est le cadre de la pièce.

La Fuite

Utopie

Comment la plus généreuse des idée a-t-elle pu en Union Soviétique faire autant de victimes que leur pire ennemie en Allemagne n’est pas ici le propos. Ici, on n’a jamais eu de compassion pour les nobles déchus, les riches tombés dans la misère ou les plus féroces des militaires réduits à vendre à la sauvette des jouets mécaniques. L’empathie allait plus naturellement aux enfants de la révolution quand elle les dévorait, longtemps après qu’on l’ait su. L’éternelle Russie a été, est, et restera le pays des cosaques. Malheur aux vaincus, les plus vertueux comme les pires, c’est ce que nous enseigne l’histoire, fut-elle sous la forme d’une Odyssée légendaire. Alors pourquoi y revenir ? On sait que le « pour que plus jamais ça » n’est qu’un vœu pieux, « ça » n’a de cesse que de revenir d’une façon ou d’une autre. Autant demander : pourquoi écrire ? Pourquoi lire ? Pourquoi aller au théâtre ? Pourquoi vivre ? Pourquoi respirer ?

 

La Fuite

Mikhaïl Boulgakov

Il y a l’auteur de la fable, prisonnier du tyran, qu’on connaissait surtout pour son roman « Le Maitre et Marguerite ». Sa pièce ne sera jamais jouée en Union Soviétique, Staline le voulait vivant comme une décoration prestigieuse, mais interdit de scène et de diffusion. Le chat aime la souris. Il n’y avait pas d’espace pour les auteurs libre-penseurs, on adulait le régime ou on disparaissait, Boulgakov était invalidé dans cet entre-deux impossible, il en mourra brisé. « La Fuite » est une comédie fantastique en huit songes qui met en scène les « rouges », mais à peine évoqués, et les blancs sans complaisance aucune, dans leur inhumaine humanité. Militaires à demi-fous, religieux obtus, fonctionnaires corrompus, femme du monde déchue….

 

La Fuite

Macha Makeïeff

Il y a Macha Makeïev, petite fille posée là, fascinée par les monologues de sa grand-mère, jadis réfugiée. Elle voit tout et entend tout, témoin naïf qui reconnaît le récit de son histoire familliale dans cette fable fantastique.
Cauchemar grimaçant et sarcastique, la pièce permet toutes les audaces, mieux, elle les appelle : dès lors qu’on rêve, tout est possible. Petite fille d’immigrés russes blancs chassés par la révolution et réfugiés au pays de la révolution et des droits de l’homme, c’est pain béni pour elle qui l’a adaptée, mise en scène, inventée jusqu’au moindre détail du décor et des costumes. On ne peut s’empêcher de penser de ces personnages égarés, cupides, lâches ou sanguinaires, que leur sort, au moins, ils ne l’ont pas volé. On les suit à travers un monastère, une gare en Crimée, dans le local du contre-espionnage à Sébastopol, un palais dévasté, en route pour Constantinople et en exil, puis à Paris, rêvant d’un impossible retour. Mais ce sont toujours ceux qui viennent après qui paient la facture de l’histoire, les « victimes innocentes », comme si il y en avait de coupables. Son âme slave trouve là à s’exprimer librement.
Ancienne directrice d’une compagnie de théâtre puis directrice artistique du théâtre de Nîmes, elle a mis en scène plus de vingt pièces avec Jérome Deschamps et sept pour le théâtre de la Criée. « La Fuite » est une belle pièce baroque dont les trois heures passent comme un rêve fantastique sans qu’on s’y ennuie une seule seconde.

Jean Barak

Avec Pascal Rénéric, Vanessa Fonte, Vincent Winterhalter, Thomas Morris, Geoffroy Rondeau, Alain Fromager, Pierre Hancisse, Sylvain Levitte, Samuel Glaumé, Karyll Elgrichi, Emilie Pictet et une petite fille.

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1 commentaire

    Marga  | 12/10/17 à 18 h 00 min

  • La fuite
    j’ai pu tenir une heure vingt en m’ennuyant ferme.
    Salle non pleine, de nombreux spectateurs sont partis au bout d’une demi heure, beaucoup ne sont pas revenus après l’entracte
    Décor très beau mais la pièce est un ratage complet….
    Fuyons…

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