La véritable histoire de Shéhérazade à Avignon

28/07/16 par  |  publié dans : Scènes, Théatre | Tags : , , ,

Maria Belloso

 

Parole de femme

La légende de Shéhérazade a été édulcorée à travers les siècles pour devenir une histoire édifiante, une fable éducative à l’attention des enfants, une sorte de conte de ma mère l’oie ou d’Andersen, initiatique mais asexuée. Shéhérazade est aujourd’hui une très vieille femme, âgée de plusieurs siècles. Inlassable, elle a pris son bâton de pèlerin pour rétablir la vérité.

 

Maria Belloso

Les mille et une nuits

Un roi rend visite à son frère, roi lui même, mais retourne dans son Ksar prendre le cadeau qu’il a oublié. Il trouve la reine dans son lit avec son amant et les tue tous les deux. Inconsolable, au palais de son frère il ne quitte pas sa chambre d’où il surprend la reine se livrant à des ébats sexuels entourée de ses esclaves qui s’ébattent de même. Ayant trouvé plus malheureux que lui, il en est consolé mais doit avouer la vérité à son frère, qui tue tous les coupables. Ils partent à la recherche de plus malheureux qu’eux et le trouvent. Revenu en son palais, le roi consomme une jeune vierge chaque nuit qu’il tue le matin, il y a des solutions à tout. Mais il n’y a bientôt plus que deux jeunes vierges dans le royaume, les filles du vizir, qui décide de les faire s’enfuir pour les sauver.
Shéhérazade refuse, ce serait signer l’arrêt de mort de leur père. Elle invente le stratagème que l’on sait pour ne pas être exécutée : raconter une histoire sans fin toute la nuit pour que le roi n’ait de cesse que de connaître la suite.

 

Maria Belloso

 

Shéhérazade

Alors, la vieille femme redevient Shéhérazade le temps du dévoilement de la vérité, sous les traits de la belle Maria Belloso, dont les talents de conteuse n’ont rien à envier à son charme naturel.
Les mille et une nuits sont en fait une histoire de sexe, de haine, de meurtre, de désir et de confusion des sentiments. Mortifié, le roi est un monstre, un assassin, il possède la jeune vierge avant qu’elle ne conte. Jour après jour, la douleur fait place au plaisir et au désir, il attend son récit mais elle attend que l’homme qui l’a faite femme lui fasse l’amour. Elle le hait, le désire, et enfin l’aime. Lui se nourrit de ses mots, elle de son désir, elle aura en secret trois enfant durant ces deux années et demi. Il l’aimera et lui rendra sa liberté pour lui offrir de l’épouser.
Le monstre s’est humanisé, miracle de la parole et du désir, Lacan eut parlé de parlêtre.
Son récit achevé, la belle Maria redevient la très vieille femme qui va enseigner encore et encore aux hommes et aux femmes d’aujourd’hui la véritable histoire de Shéhérazade.
Maria Belloso est au sommet de son art, le temps ne passe pas sur elle, il n’est pas une femme qui ne puisse se reconnaître en elle, au delà des conventions et de ce qui ne peut se dire, il n’est pas un homme qui ne désirerait être aimé de Shéhérazade, fut il une brute, que seul l’amour d’une femme humanise.
C’est le dernier jour du Festival d’Avignon 2016, mais pas la dernière des mille et une nuits qui traversent le temps. La vraie vérité n’avait pas encore été dite, voilà qui est fait.

 

Maria Belloso

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