Le Boléro d’Emio Gréco

15/05/15 par  |  publié dans : Danse, Scènes | Tags : , , , ,

Emio Gréco Pieter Scholten

Le Ballet National de Marseille investit l’Opéra

Inspiré d’une danse andalouse, composé en 1928, le Boléro de Maurice Ravel est une pièce pour ballet littéralement incomparable.
Son tempo invariable, sa musique obsessionnellement répétitive, sa lente montée en puissance uniquement basée sur l’entrée successive de tous les instruments de l’orchestre, ont fait d’une simple étude une œuvre mondialement connue et reconnue.
C’est une sorte de traité rigoureux de composition musicale, en do majeur, avec au final une brève digression en mi majeur.
« Pas de forme, pas de développement, pas ou presque de modulation, du rythme et de l’orchestre » écrit Ravel, une musique expérimentale qui annonce avant l’heure les musiques électroniques pilotées par ordinateur.
La partition est « vide de musique » mais « musico-sexuelle » dit le Maître. A peine perceptible à son début la montée en puissance vers le fortissimo est implacable, jusqu’au final en apothéose.
Pièce minimaliste, sans aucune autre prétention que celle d’un exercice pour compositeurs débutants, cette ritournelle a paradoxalement touché à l’universel.
Jouée en direct par les cinquante musiciens de l’Opéra, magistralement dirigés par Victorien Vanoosten, elle révèle toute sa force vénéneuse.
Inspirant de nombreuses créations dans toutes les disciplines, le Boléro a été chorégraphié quatorze fois, notamment par Nijinska, Béjart, Duboc, Malandain, Ribaud et Thérond.

La soirée constituée de deux pièces était initiée par un pas de deux, « Two », interprété tout en puissance par Arnaud Macquet et Héléna Volkov d’ICKamsterdam, compagnie dont Emio Greco et Pieter C. Scholten sont les créateurs et Directeurs.

Emio Gréco Pieter Scholten Emio Gréco Pieter Scholten Emio Gréco Pieter Scholten

 

Deux

Il est seul sur la scène, elle aussi.
Mais quand il y en a un autre, ou une autre, tôt ou tard ils se cherchent, se rapprochent, s’accordent, ou pas. Ils se trouvent ou ils se ratent, mais de peu.
La bande son déchire sporadiquement les silences, violente, la danse est éprouvante. Peut-on vivre ensemble? Un temps, peut-être?
Two est une pièce de la solitude dans le couple, de la recherche désespérée de l’autre, trame éternelle que tous les auteurs ont exploré. Si tout a déjà été dit, ce qui fait à chaque fois la singularité, c’est que ce n’a pas été dit par celui là, et pas comme ça. Chaque création est une invention, celle d’un artiste singulier pour un public particulier, toujours renouvelé.
Emio Greco apporte sa gestuelle originale, physique et torturée, on la retrouve comme on l’avait découverte au Festival de Marseille, en 2008, avec « hell ». Pieter C. Scholten, metteur en scène, apporte la théâtralité des scènes alternatives.

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Le Boléro de Gréco

C’est à l’origine un solo d’Emio Gréco, son mouvement hiératique est repris à l’amble par les huit danseurs du Ballet National de Marseille, ombres subliminales du Maître en pleine lumière. Le groupe porte le soliste virtuose qui en est magnifié.
La fièvre s’empare des corps dans une lente et irrésistible montée de la tension intérieure, celle de la pulsion, du désir ou de la violence, peut-être est-ce la même, jusqu’à la chute. La force de la musique emporte les danseurs, qui soulèvent le public pour une « standing ovation ».

Les nouveaux Directeurs du Ballet nous offrent des relectures de leurs pièces maitresses, la création à part entière est pour bientôt, à Amsterdam, puis Naples et enfin à Montpellier Danse, avec tout le corps du Ballet National de Marseille renforcé par six danseurs de ICKamsterdam.

www.jean-barak.fr

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