Le chagrin des Ogres : My generation

11/10/11 par  |  publié dans : Scènes, Théatre | Tags :

Chagrin des ogres

« Artiste générationnel » : c’est souvent mauvais signe, le qualificatif annonce de l’ennuyeux, de l’artificiel, un effet de mode. La génération passera, une autre la suivra.

Le chagrin des Ogres est un spectacle bourré d’actualités. Son auteur et metteur en scène, Fabrice Murgia, doit beaucoup à trois affaires qui ont marqué les années 90 et 2000 : le meurtre par Marc Dutroux des petites Julie et Mélissa, la plus fameuse encore rétention de Natascha Kampusch (de 1998 à 2006), et enfin, la fusillade commise par Bastian Bosse, 16 ans, dans son lycée allemand, en 2006.

Fabrice Murgia a choisi de confronter ces sordides faits de société en adoptant le point de vue de personnages qui s’adressent à nous en fond de scène, derrière un écran – vous êtes toujours devant la télévision, bonsoir. En maîtresse de cérémonie, une princesse, ogresse, une miss Peter Pan qui a mal tourné. Elle donne la parole à l’un puis à l’autre, tantôt Bastian qui se prend pour Dark Vador, tantôt Mélissa en direct de sa cave.

Le chagrin des Ogres nous emmène au pays de nulle part, en navigation fragmentée entre trois esprits, dont aucun ne tourne rond. « Tout ce qui peut être imaginé est réel », disait Picasso, répète l’effrayante petite fille. Assombrie derrière son écran, la peau blafarde, Mélissa se réfugie dans un cauchemar qu’elle préfère à son coma, tandis que Bastian se cache derrière des lunettes à la Matrix et des figurines de Star Wars. Il est un geek, elle est fan de McGyver et Christina Aguilera. Le décor de leurs abris de fortune est générationnel ; le mal, lui, dépasse la décennie et le drame individuel. Sentiment de solitude extrême, impression que le monde est sourd, chagrin quotidien, inexpliqué ; les tragédies isolées choisies par Murgia ne sont là que pour dire l’air du temps.

Précoce, jeune et belge, Fabrice Murgia est âgé de 27 ans lorsqu’il crée Le chagrin des Ogres, son premier spectacle, coproduit par le Théâtre National de Bruxelles. La Belgique a repéré en lui un de ses metteurs en scène les plus prometteurs. Ses spectacles  – encore plus radical, Life : reset, créé cette année, est quasiment muet – baignent dans le virtuel, la nouvelle technologie possédée  par tous.  Mais de quoi elle se plaint cette génération, à la fin ?

Le chagrin des Ogres, écrit et mis en scène par Fabrice Murgia  / Cie Artara. Jusqu’au 15 octobre 2011 aux Ateliers Berthier – Théâtre de l’Odéon, Paris 17e. Puis en tournée à travers toute la France (Cherbourg, Grenoble, Rennes…) Toutes les dates sur http://www.artara.be/

Partager :
  • Facebook
  • Twitter
  • Print
  • email

Laisser un commentaire