“Le Corps du Ballet”, par Emio Gréco

21/03/15 par  |  publié dans : Danse, Scènes | Tags : , ,

Gréco Scholten

Ce samedi 15 mars a eu lieu la création du ballet contemporain « Le Corps du Ballet » au Théâtre de la Criée, par le chorégraphe Emio Gréco et le metteur en scène Pieter C Scholten, nouveaux Directeurs associés du Ballet National de Marseille.

Emio Gréco n’est pas un inconnu en Provence, il a joué « Hell » pour le Festival de Marseille en 2008, créé « Double Point Extremalism » pour le B.N.M. à l’Opéra de Marseille en 2012, et dansé « l’Étranger » de Camus en 2013 à Aix-En-Provence.
« Le Corps du Ballet » est la reprise d’une pièce créée en 2011 avec les Ballets de Monte Carlo, reprise en 2013 pour le Ballet d’Amsterdam, Inspirée de « Masse et Puissance », oeuvre majeure d’Elias Canetti paru en 1969, version anthropologique et sociologique évocant l’indépassable « Psychologie des masses et analyse du moi » de Sigmund Freud.

Ceci est mon corps

Avec des danseurs anonymes masqués, le groupe fait masse et abolit les personnalités. Quoique. La couleur de la peau, la taille ou la forme résolument androïde ou gynoïde font encore la différence. C’est le corps du ballet, les danseurs n’ont pas de visage, ils « font corps », comme on dirait d’un corps d’armée. En l’occurrence corps d’élite plutôt que petits soldats, corps parfait, idéal, machinerie quasi miraculeuse, sauf en cas de fracture, d’entorse ou de tendinite majeure qui vous oblige à traverser le miroir de lumière pour rejoindre le public. Danseurs d’exceptions, certains ont intégré le Ballet aux temps néoclassiques de Roland Petit, faisant mentir l’adage qui prétend qu’un athlète de haut niveau ou un danseur est « vieux » à trente cinq ans.
Ce corps se comprime ou se déploie, s’étire, pulse, s’apaise ou s’agite comme les atomes d’un corps gazeux dans un champs magnétique. Peu à peu les masques tombent, les personnalités s’affirment, les sujets apparaissent. Progressivement la tension monte, ils occupent tout l’espace qui semble se comprimer. Violente, la danse devient frénétique, elle monte jusqu’aux limites du possible. Puis elle s’apaise et revisite son histoire.

La Marseillaise dans tous ses états

La bande son de la pièce très contemporaine -quelques notes de Pink Floyd et la rumeur de la foule- n’en passe pas moins par Tchaïkovsky avec le Casse Noisette ou par… La Marseillaise. D’aucun s’interroge et d’autres s’offusquent: n’y a t’il pas blasphème à déchiqueter ce Monument National pour le remonter en patchwork bégayant? « Ça fera grincer des dentiers » disait Gainsbourg, sa Marseillaise sur un air de reggae avait provoqué les foudres des raz du képi de la Légion Étrangère. Humour, hommage ou provocation? On se dit que caricaturer la Marseillaise n’est pas plus un blasphème pour un citoyen du monde que pour un enfant qui chante « Amour Sacré de mes Bretè-èles, toi qui retiens mes pantalons », ou que dessiner Mahomet pour un athée. Quoi de plus naturel pour un chorégraphe italien, fondateur avec Peter Scholten de la Compagnie EG/PC à Amsterdam, nommés il y a un an Directeurs du Ballet National de Marseille, que de s’emparer de l’un des symboles majeur de la ville? A Marseille, l’un des quotidiens issu de la résistance -en grande difficulté comme l’esprit même de la dite résistance- s’appelle « La Marseillaise ». Cet hymne révolutionnaire devenu celui de la Nation a été chanté au Jeu de Paume de la rue Tubano, à quelques centaines de mètres de la Criée aux poissons devenu Scène Nationale, où la pièce a été créée ce samedi 14 mars, et à quelques kilomètres du Ballet National de Marseille, par les volontaires fédérés qui « montèrent » défendre la capitale assiégée par l’envahisseur autrichien.

Le B.N.M.

Reprise d’une pièce ancienne, au demeurant un chef d’œuvre, suivie d’une nouvelle, « Le Corps du Ballet » est une pièce double. La version pour Marseille n’est pas exempte de défauts, en regard d’un idéal de perfection. Sans doute Emio Gréco et Pieter C Scholten ont-ils pêché par excès, a trop vouloir tout dire en une seule fois, il y a trop de tout. Par manque de manque, la deuxième partie manque… d’unité. Peut-être faudrait-t-il un entracte, une césure. Reliant le contemporain de la pièce réécrite avec le répertoire classique et néoclassique, avec des citations de Roland Petit et Marie-Claude Piétragalla, c’est une sorte de numéro zéro de la nouvelle ère.
« Le Corps du Ballet » est une œuvre foisonnante, originale, à la gestuelle complexe, magnifiquement portée par ses danseuses et ses danseurs, d’une fulgurante beauté plastique, menée à un rythme d’enfer. Une œuvre qui va encore évoluer, murir et trouver son rythme.
Plus qu’une première page, c’est comme la dernière d’une histoire, un hommage au Ballet, aux danseurs, à ses chorégraphes historiques. La prochaine reste à écrire en 2016, elle sera la première du nouveau chapitre.

Demain la danse?

Gréco et Scholten sont à la recherche d’une nouvelle forme de ballet contemporain, associant le corps du ballet, le groupe, et le corps en Révolte, le sujet.
Après Marseille Provence 2013, Capitale Européenne de la Culture, où Frédéric Flamand a créé « Sport Fiction » avec le B.N.M. sur le parvis de la Gare Saint-Charles, la Biennale du Cirque en 2015 et Marseille Capitale du Sport en 2017, la nouvelle Direction du Ballet National de Marseille vise rien moins qu’en 2016 ou 2018, Marseille Capitale Européenne de la Danse.
Un nouvel épisode a commencé de s’écrire.
A un très haut niveau.

Photos: Jean Barak. http://www.jean-barak.fr

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