Le Pavillon Noir

29/09/11 par  |  publié dans : Arts, Danse, Scènes | Tags : ,


Il est de ces lieux qui vous fascinent tant ils vous semblent inaccessibles. Le Pavillon Noir d’Aix en Provence est de ceux-là. Vous l’admirez durant des années sans jamais oser y glisser un orteil. Le siège d’une troupe de danse contemporaine dont le chorégraphe est une pointure, parait-il. Cinq ans que ce bâtiment de verre et de béton armé trône tel un ovni en plein cœur du paysage aixois. Et on attendra de se faufiler dans la masse d’une foule de curieux venus se cultiver façon « foire à la volaille » lors des journées du patrimoine pour oser pénétrer dans l’antre, au risque de voir s’évaporer la magie fantasque qui s’échappe des lieux. Mais au final on a un seul regret : ne pas avoir osé plus tôt.

Le Pavillon Noir est un Centre Chorégraphique National, qui héberge depuis sa construction en 2006 le Ballet Preljocaj mené par Angelin Preljocaj, danseur contemporain et chorégraphe de renom. Sa particularité : il est également équipé d’une salle de spectacle, contrairement aux autres CCN qui fleurissent partout en France depuis les années 80 sous la belle initiative de Jack Lang (alors Ministre de la culture) de donner un coup de frais à l’art « à la française », un poil trop ancré sur son héritage Versaillais, en soutenant la création contemporaine. Dans ce lieu, les danseurs et chorégraphes peuvent ainsi mener le processus de création en intégralité : du travail studio, à la représentation sur scène.

UN ÉCRIN BRUT QUI S’EXHIBE

Ce qui frappe avant tout, c’est la transparence de cette bâtisse entièrement vitrée, et son ossature en béton armé coulée dans la masse qui – exploit tant technique qu’architectural et mathématique – soutient l’ensemble de l’édifice. Une façade complexe, stricte et paradoxalement sans pudeur inspirée à l’architecte par le visage anguleux d’Angelin Preljocaj et son style chorégraphique. De la rue, les badauds peuvent observer les danseurs en pleine création, leurs mouvements, leur énergie. Ça grouille de vitalité. Et en plein coeur, on éprouve un sentiment de liberté totale, avec des espaces immenses très peu cloisonnés, des hauteurs de plafond spectaculaires, ultra lumineux. Aucune frontière entre l’univers urbain et les danseurs ; ils font partie du paysage. C’était la volonté d’Angelin Preljocaj et de l’architecte des lieux, Rudy Ricciotti ; et le moins que l’on puisse dire, c’est que c’est une vraie réussite, tant sur le plan esthétique que dans sa fonctionnalité.

 3000 m2 dédiés à la danse contemporaine

Le rez de chaussée est réservé au plateau administratif dans lequel une quarantaine de personnes travaillent à la régie, la commercialisation, la communication et la programmation des spectacles sur la scène du Pavillon Noir et à l’étranger. Le Pavillon Noir n’appartenant pas au Ballet Preljocaj – simple lieu de résidence -, des compagnies locales et internationales peuvent y être programmées tout au long de l’année. (cf Programmation en fin d’article).

Au niveau 1 : les studios. Trois, de 100 m2 minimum. Lieux de répétition du Ballet Preljocaj, ils seront  prêtés prochainement aux danseurs et chorégraphes Hervé Chaussard (pour de la création) et Georges Appaix qui y mènera des stages de sensibilisation à la danse. La magie du lieu provient de la vue offerte sur l’extérieur. Les immenses murs vitrés du sol au plafond dévoilent les toits de la ville tout autour qui se reflètent sur un pan de mur couvert de miroirs sur toute sa longueur. Un tableau urbain encadré de murs et d’un plafond noirs à l’esthétisme ultra-moderne.

Au niveau 2 : l’Atelier vidéo. Tenu par un ancien danseur de la troupe, il y est produit une grande partie des œuvres audiovisuelles pour le Pavillon Noir (ex :Vidéo de la programmation). On y trouve aussi les loges, l’atelier de la costumière et une quatrième salle de répétition.

Mais où se trouve donc la salle de spectacle ? Initialement prévue pour être une cinquième salle de répétition, c’est blottie au sous-sol de l’édifice à l’abri des regards indiscrets, qu’elle a finalement été aménagée. Une salle de représentation à taille humaine de moins de 400 places qui surplombent la scène se trouvant en contrebas. Un point de vue idéal pour apprécier les créations présentées au public.

 

 

 

ZOOM SUR LES CRÉATEURS

L’édifice: l’architecte des lieux Rudy Ricciotti a de beaux bébés à son actif: le Pavillon français de l’Exposition Universelle de Shangaï (2008), le Palais du cinéma de la Mostra de Venise (2004), le Musée de la Mode de Milan (2006), le siège d’ITER France (2007), la Passerelle de la Paix de Séoul (2002); mais aussi et bien malheureusement … la salle de rock du Stadium de Vitrolles (1990) qui n’a quant à elle jamais été exploitée et qui est plutôt synonyme de “pollution visuelle ultra-coûteuse et scandaleuse”…

Les luminaires: le vintage , c’est tendance, et Fred Rubin, artiste plasticien à Berlin a fait un choix surprenant qui se marie à merveille avec l’esprit des lieux. Il a recyclé des lustres datant des années 70 qu’il est allé récupérer dans le Palais de la République de l’ex RDA en passe d’être démoli. Des globes articulés entre eux par des tubes chromés semblables à des constellations.

Les poufs “malabar” et le mobilier: c’est Marine Peyre, designer pour l’agence Cooked in Marseille qui est à l’origine des poufs modulables à l’infini qui trônent dans les studios du Pavillon. Elle est aussi à l’origine des banques de l’accueil et de la billetterie  en résine anthracite et noir aux formes rondes qui tranchent avec la rigueur architecturale des lieux.

Le mur de tags: dans le hall de la billetterie, une large bande de mur taguée a été conservée sur toute sa longueur. Clin d’oeil aux artistes urbains qui avaient squatté les lieux avant la construction du Pavillon. Good choice, Mister Ricciotti.

Programmation octobre 2011/janvier 2012

L’éclectisme, c’est ce qu’on aime, et avec une telle programmation on est loin d’être déçu ! Angelin Preljocaj, Président de la Biennale de danse de Bamako l’an dernier, a sélectionné de quoi voyager sur les 5 continents sans avoir à bouger un orteil.

 

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