Les étoiles filantes d’Amala Dianor

06/02/20 par  |  publié dans : A la une, Danse, Scènes | Tags : , , , ,

The Falling Strardust d’Amala Dianor au Théâtre des Salins

Danseur venu du hip-hop, Amala Dianor découvre la danse contemporaine au C.N.D.C. D’Angers, Centre National de Danse Contemporaine. Comme chorégraphe il crée un quatuor féminin en 2013, « Parallèle » , puis en duo avec B. Boy Junior en 2014 « Extension », et un solo, « Man Rec ». En 2015, il crée « Clin d’œil du Temps », avec 18 danseurs amateurs, en 2016 un sextet, « De(S)génération », un trio masculin, « Quelque part au milieu de l’infini », un duo en 2018, et enfin en 2019 « The Falling Stardust », pluie de poussière d’étoile.

Métissage

Qui peut dire si un zèbre est un équidé noir avec des rayures blanches ou un animal blanc avec des rayures noires ? Ou un hybride ? C’est le paradoxe de cette pièce, une sorte de battle entre des danseurs classiques et des danseurs de hip-hop, chacun s’aventurant hors de sa zone de confort et défiant l’autre aux antipodes. Ceci sous la menace ou la protection d’une structure étrange, qui a le mérite d’exister, et de provoquer les interrogations.

C’est la première fois qu’Amala Dianor a l’opportunité de diriger une troupe professionnelle aussi nombreuse, neuf danseurs et danseuses, et six techniciens. C’est pour lui un défi et une responsabilité enthousiasmants. Il a choisi des interprètes venant des deux univers, pour leur excellence technique mais surtout leur forte personnalité, leur capacité à relever le défi, le désir de partager avec l’autre inconnu.

Ils se déplacent comme un banc de poissons, comme un organisme constitué d’unités qui s’attirent et se repoussent, parfois ils se figent puis ils repartent dans une migration en apparence aléatoire. Ou ils se défient, il y a deux camps, ils se cherchent, s’affrontent, au-delà d’une simple imitation ils tentent de s’emparer du langage de l’autre. Alors il y a de grandes envolées dont l’appartenance stylistique importe peu.

Ceux qui sont venus voir du hip-hop pur et dur sont déçus, les figures en sont fugitivement esquissées, de même, ceux qui ne jurent que par le classique et le néo-classique sont dépités. En fait, ceux qui plient sous le poids de leur propre culture ont « déjà vu ça », ce qui n’est pas tout-à-fait exact. En revanche, les jeunes gens qui n’ont pas intégrés les codes aiment cette recherche improbable, ils entrent sans passeport dans ce pays chimérique -et qui pourtant existe- qu’est l’univers d’Amala Dianor.

Il n’est pas le seul à avoir tenté l’aventure, on se souvient d’avoir vu plusieurs fois Antony Egéa aux Salins, ou Mourad Merzouki, ils ont franchi les premiers les frontières des styles et transgressé les codes. En intégrant les grandes scènes et la danse contemporaine, ils ont quitté le ghetto d’un style nouveau qui avait trouvé ses limites.

Portées par des danseurs et danseuses atypiques qui s’engagent corps et âmes, ces étoiles filantes pourraient marquer durablement le ciel de la danse contemporaine.

A voir en abandonnant toutes ses idées préconçues, comme un enfant qui découvrirait un pièce de danse pour la première fois.

Jean Barak

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