Les hivernales de l’été 2016 en Avignon, suite

14/07/16 par  |  publié dans : Danse, Scènes | Tags : , , , , , ,

 

Les hivernales estivales d’Avignon sont une salve de sept spectacles de danse, depuis dix heure le matin jusqu’à vingt trois heures le soir. Nous avons parlé ici de « Au » de Christian Ubl et Kylie Walters, qui interrogent l’identité à la lumière de l’altérité, et de « Floating Flowers », la pièce taïwanaise de Po-Cheng Tsai, qui interprète sur un mode contemporain époustouflant la cérémonie traditionnelle des fleurs flottantes. Cette programmation est volontairement éclectique et internationale, avec sept spectacles très différents, mais de haut niveau.

 

Claudio Bernardo

Claudio Bernardo

Le brésilien Claudio Bernardo de la Compagnie As Palavras fête ses vingt ans avec « Seulement vingt », « So20 ». Il est manifestement partant pour un nouveau bail. Comme l’indique le nom de sa Compagnie -Paroles- il invite Kafka, Pasolini, Guilleragues et Rilke qui ont nourri son travail et sa démarche de chorégraphe. Démarche passionnée où il interprète en mouvement la parole de l’autre, mesurant l’univers de l’intellect à l’aune de l’émotion qui le meut. Très physique par bouffées, mais théâtralisée, sans qu’on puisse à proprement parler de théâtre danse ou de danse théâtre, disert sans être verbeux, il impose un univers singulier d’une grande force: un manifeste.

Claudio Bernardo

« Une Femme au Soleil » de Perrine Valli

Perrine Valli

Elles sont deux sur scène, chacune isolée dans son univers clos par une barrière symbolique, sous la tour d’ivoire d’une colonne de lumière zénithale. Chacune danse pour elle même. Deux hommes apparaîtront, aussi puissants et trapus qu’elles sont graciles. Y a t-il une rencontre possible entre la grâce fragile et la force brute ? Entre le yin et le yang ? Entre le masculin et le féminin ? A l’évidence, ce n’est pas donné par avance, mais ils et elles se cherchent, avec les détours qu’imposent tout ce qui peut effrayer chez l’autre radicalement étranger, attirer et repousser.

Perrine Valli

A travers l’acceptation et le refus, l’abandon et la révolte, la rencontre improbable a pourtant lieu. L’harmonie serait-elle possible, du moins un temps ? Inspirée par le tableau éponyme de Hopper, il faut accepter le parti pris de lenteur et de pénombre de cette belle pièce au féminin, nécessairement intimiste et délicate pour dire l’intime.

Perrine Valli

« Boys dont cry » de Sylvain Huc : les hommes, ça ne pleure pas.

Sylvain Huc

Un batteur est sur scène, avec ses percussions et son ordinateur, ils ont eu la délicatesse de distribuer des bouchons d’oreille : le fracas des percussions et les stridences de l’ordinateur rendent les silences assourdissants.

Deux hommes se défient, s’affrontent, s’attaquent, encore et encore, poitrine contre poitrine, avec une violence sans freins, jusqu’à l’épuisement total où une tendresse fraternelle devient possible, le temps de reprendre son souffle et de reprendre l’affrontement. Il faut un mâle dominant, même en l’absence de femelle, c’est la loi de la meute avant même qu’elle ne se constitue. C’est comme ça depuis Abel et Caïn, à moins que la légende ne soit que l’interprétation du réel de l’éternelle rivalité fraternelle. Entre frères, entre frères et sœurs, entre filles de même, entre chiens et chats ce n’est pas triste non plus.

Sylvain Huc

C’est traité avec suffisamment d’humour et de brio pour qu’on puisse en recevoir le propos sans se désespérer.

 

« What did You say ? », « Que dites Vous » ? de Brahim Bouchelaghem

Brahim Bouchaghalem

Il y a vingt ans que le hip hop a traversé l’atlantique. Il était apparu quasi ex nihilo, une rixe a du se transformer en battle, un affrontement de virtuosité, dans une performance plus proche de l’exploit gymnique que de la danse. Il n’en fallait pas moins pour rechercher l’excellence et inventer une gestuelle de plus en plus complexe, de plus en plus riche. Le dernier avatar américain effraie : flexen, qui consiste à se luxer les articulations pour dépasser les limites des possibilités physiques.

Mais en débarquant dans la « vieille Europe » le hip hop à côtoyé la danse contemporaine, qui faisait son propre chemin. Sans doute était-il naturel qu’ils se rencontrent, voire se métissent. En tous cas, c’est arrivé pour Brahim Bouchelaghem au plus haut niveau.

Brahim Bouchelaghem

Carolyn Carlson dit de lui que c’est un poète, elle lui offre huit poèmes et des calligraphies tracées de sa main, pour ce solo inspiré. Il reçoit cet hommage de la plus prestigieuse chorégraphe américaine installée à Paris avec humilité et ose porter sa danse au niveau du défi.

Ciselé par un orfèvre, la danse est au fil du rasoir, on reconnaît dans ses ombres chinoises la silhouette inimitable de Carolyn Carlson.

Le hip hop est sorti des ghettos, il a gagné ses lettres de noblesses, jusqu’à des Directions de Scènes Nationales, et c’est justice.

Une très belle pièce inspirée.

 

Sol Pico

Sol Pico crée depuis vingt ans, elle est une figure majeure de la danse catalane ; Elle transcende l’énergie du flamenco et le duende dans une chorégraphie contemporaine originale. Une chorégraphe singulière encore à découvrir.

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