Les “larmes Hadid” de Walid Aouni

06/04/19 par  |  publié dans : A la une, Danse, Scènes | Tags : , , , , ,

Walid Aouni Larmes Hadid

Walid Aouni est né en 1951 à Tripoli, au Liban. Il étudie les arts graphiques et visuels à l’Académie Royale des beaux arts de Bruxelles, ce qui l’amènera à travailler auprès de Maurice Béjart comme scénographe pendant neuf ans. Il se rendra avec lui en Egypte où il fondera et dirigera la première formation de danse contemporaine dans un pays arabe: l”Egyptian Modern Dance Théâtre Company”, dont il sera également danseur et chorégraphe.

Larmes Hadid

Zaha Hadid est une architecte bagdadie “Irako-britannique”. Était, elle nous a quitté en 2016. Ses œuvres, issues d’une bande dessinée de science fiction, s’inspiraient du corps humain. Résolument féminine, toutes en courbes rondeurs et volutes, elles défient les lois de la pesanteur, de la matière et de l’architecture. Comme si elle dessinait, délirante, sous L.S.D. Ces rêves réputés impossibles furent néanmoins réalisés. Question de moyens diront les jaloux, son stade de Tokyo, “Une tortue qui attend que le Japon coule pour aller nager au loin” affleurait les 1900 millions d’Euros. Des mesquins.

A côté, le Pavillon Noir parait un enfantillage tiré à la règle par un débutant appliqué. On n’est pas obligé d’aimer ces objets futuristes, d’ailleurs sa tour Marseillaise n’est pas la plus inspirée, même si aujourd’hui il y a pire à côté.

Larmes Hadid

Mais on peut tout à fait concevoir qu’on lui voue un véritable culte, au delà même d’un Le Corbusier ou d’un Niemeyer, également novateurs -voire révolutionnaires- en leur temps. C’est le cas de Walid Aouni, qui lui rend un hommage fervent dans sa dernière création, réalisée au Pavillon Noir d’Aix-En-Provence, en collaboration avec le Ballet Preljocaj.

Manipulant des structures géométriques, les danseurs et les danseuses modulent sans cesse l’espace, créent des contraintes et des figures éphémères. On pense à Frédéric Flamand qui commandait des décors à des architectes, notamment à Zaha Hadid pour Métapolis II, imposant des contraintes dont les danseurs tentaient -avec le succès que l’on sait- de s’accommoder. Mais également à Abou Lagraa, Oranais né en Ardèche, pour les arabesques et les décors mouvants. La danse contemporaine a beau être aujourd’hui mondiale, elle n’en est pas moins enracinée dans une culture qui lui imprime son style originel. Pour n’être pas à proprement parler arabisante, elle n’en est pas moins orientale.

La danse de Walid Aouni n’est pas tournée vers la prouesse mais plutôt vers l’architecture, les lignes de forces, la rondeur et l’harmonie, l’évocation au delà de l’illustration, soutenue par des projections vidéos originales aussi belles que bienvenues.

Il joue lui même le rôle titre, celui du maître de cérémonie, tantôt derwiche tourneur, tantôt prisonnier de cages de fer, remplaçant au pied levé le danseur empêché qui n’a pas pu venir. Une performance.

Walid Aouni est peu connu en Europe, il est tourné vers le monde arabe, gageons que cette nouvelle création réparera cette méconnaissance.

Un très belle pièce qui a été reçue avec enthousiasme et youyous par le public aixois.

A suivre et à surveiller donc!

Jean Barak

Larmes Hadid Walid Aouni
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