Les Monstres, au Théâtre Off de Marseille

03/12/11 par  |  publié dans : Scènes, Théatre | Tags : ,

Le Théâtre Off de Marseille présente actuellement sa dernière création intitulée Les Monstres. Si vous êtes amateurs de sensations fortes, vous frappez à la bonne porte.

La pièce met en scène les différentes tranches de vie d’une jeune délinquante des quartiers Nord de Marseille, qui, comme si c’était une infaillible destinée, finira par découvrir l’univers carcéral…
Du début à la fin, le spectateur l’accompagne, dans les différents parcours auxquels elle est confrontée : la vie de quartiers, celle de l’extérieur, la vie à l’école, les parloirs, puis la garde à vue et enfin, presque comme une évidence, la prison…
Ce spectacle urbain est violent, saisissant, même choquant et le  “politiquement correct” y est totalement banni. Le bruit des portes qui claquent, les cliquetis des serrures, le son des alertes incessantes, les sirènes, les jeux de lumière, un décor à la fois sombre et nu, la proximité malsaine entre le spectateur et cette délinquante qui n’hésite pas à s’approcher insidieusement du public, voire carrément de  prendre quelqu’un à partie : le tour est alors joué, le malaise commence à se faire sentir… Ajoutez à cela, des paroles crues, des insultes qui fusent, et une agressivité constante; tous les ingrédients sont réunis pour faire monter l’angoisse toujours plus forte. Ce tableau terrifiant et à peine croyable, témoigne bel et bien d’une profonde et indéniable souffrance. Souffrance que la jeune femme ne laisse jamais paraître, qui ne semble même pas exister, mais qui se fond dans le  moule et les dictats que sa vie précaire des quartiers lui ont imposée.

Étonnamment, au fil de son histoire, elle se “réhumanise “, des sentiments profonds réapparaissent, ses faiblesses s’exposent enfin, et le spectateur en devient même presque compatissant… La chute est atroce, mais, c’est un parti pris du metteur en scène : obliger à regarder, montrer sans détours, et faire face à la réalité aussi dure soit elle…

Une comédienne terrifiante de réalisme

Sophie Ortiz est seule sur scène, entourée de personnages fictifs. Elle y est poignante, déroutante, terrifiante de réalisme. Elle ne se contente pas de jouer le rôle, elle le vit pleinement. Lorsqu’elle joue, dit-elle, elle éponge vraiment les sentiments de son personnage et passe d’une seconde à l’autre par l’angoisse, la tristesse, l’espoir…
Elle est si criante de vérité, que les spectateurs baissent les yeux par intimidation quand elle les regarde. Il lui faut d’ailleurs quelques temps pour sortir de ce rôle à la fois dur et douloureux, et effacer de sa mémoire, les personnages suggérés qui l’accompagnent tout au long de la pièce, ceux que l’on ne voit pas, mais avec qui elle tisse de véritables liens durant son interprétation.

A 25 ans, la comédienne n’en est pas à sa première. Elle est, ce que l’on appelle, “une pure enfant de la balle”, Marseillaise depuis toujours. Ses parents, Frédéric et Anne Marie Ortiz, ont toujours travaillé dans le milieu du théâtre, aussi bien dans les établissements pénitentiaires, que dans les établissements psychiatriques et même scolaires; Anne Marie, comme animatrice d’écritures “urgentes” à l’EPM et aux Baumettes (prison de Marseille), et Frédéric, créateur d’une scène de théâtre : “4éme mur” lui aussi au sein de l’EPM. Toute la famille mène un véritable combat contre la violence, tente de faire réagir par le biais de discussions préventives, aidée par la police ou la PJJ, et réalise de nombreux débats citoyens dans les établissements scolaires dits “sensibles”. Cette démarche singulière les a d’ailleurs amenés à écrire une partie des dialogues de la pièce en collaboration avec des détenus, conférant à celle-ci une réelle dureté.

 

Sophie Ortiz a toujours “baigné” depuis son plus jeune âge, dans cet univers qu’elle appelait d’ailleurs “sa maison”. Dès l’âge de 4 ans, elle était sur les planches ou prenait en charge la régie…
Depuis, elle a joué sur de nombreuses scènes : Théâtre National de Toulouse, Festival In d’Avignon, Théâtre des amandiers à Paris, Théâtre National de la Criée de Marseille, Wip de La Villette à Paris… Très jeune, elle est également partie en tournée durant un an, pour jouer La Trilogie de la Villégiature, sous la direction de Jean Louis Benoît. Mais Sophie n’abat pas toutes ses cartes au théâtre : elle est également circassienne et magicienne depuis 19 ans. Elle a créé sa propre école, il y a 7 ans, La maison de Nina, qui accueille des enfants de 3 ans à 14 ans, et y a monté sa propre troupe, “Les zygomatiques” à qui elle enseigne, en parallèle du cirque, les bases du théâtre.

Du 17 novembre au 10 décembre 2011 tous les Jeudi et Vendredi à 20h30 au Théâtre Off de Marseille.
Textes, dramaturgie et mise en scène de Frédéric Ortiz.
Crédits photo : Agnes Mellon.

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2 commentaires

    Artis  | 03/12/11 à 21 h 09 min

  • Un spectacle remplis d’émotion, joué par une grande artiste! Bref, tout est dit dans l’article ci-dessus!

  • FROELIGER Françoise  | 05/12/11 à 22 h 21 min

  • Bravo à cette comédienne remarquable pour son témoignage criant de vérité . Cette pièce nous fait vivre un moment très fort, nous renvoie face à nous même et nous permet d’avancer. Car “l’autre ” ça peut être quelque part NOUS.
    Encore Merci pour cette soirée.
    Bravo pour l’article : très bonne synthèse de la pièce et magnifique analyse du personnage . Il ne manque rien ,il est superbement écrit Merci Aline

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