Les Quatre Jumelles de Copi par JM Rabeux

06/06/12 par  |  publié dans : Scènes, Théatre | Tags : , ,

Dix-huit meurtres et autant de résurrections, un Alaska de pacotille, beaucoup de drogue, pas mal de seringues, des couteaux, des revolvers, des billets de banque, des émeraudes, des diamants et… quatre jumelles. 


Les Quatre jumelles / Crédit: Benoît Linder

On pénètre sur la scène du théâtre de la Bastille et l’on s’installe sur les gradins noirs d’une petite arène. Au centre, une sphère lumineuse blanche s’élève au dessus d’un cylindre noir, laissant apparaitre deux étranges jumelles. Elles ont des perruques blanches, le visage outrageusement fardé, des tuniques transparentes et des soutiens-gorge vides sur leur peau fripée. Deux autres jumelles, quasiment identiques, ne tardent pas à les rejoindre, lançant un drôle de cirque. C’est parti : les jumelles peuvent s’insulter, s’assassiner et revivre, à tour de rôle et presque à l’infini.

Elles paraissent interchangeables, presque indistinctes : mêmes habits, même attrait pour la drogue et le fric, même succession de morts et de résurrections, même façon de parler et d’insulter. Seul compte le jeu : leurs jeux enfantins et le jeu théâtral. Ici tout est faux-semblant et mise en scène, tout est excès.

“Laissez-nous nos fantaisies”

On sait que Jean-Michel Rabeux explore depuis longtemps ces territoires de l’excès et du désordre. Il est donc à son aise dans l’univers de Copi, celui qui était tout à la fois « un pédé, une folle, un étranger, un drogué, un insolent [et] un amoureux », selon les mots du metteur en scène. La pièce, écrite en 1973, était éminemment transgressive à sa création. Elle a un peu vieilli depuis, entre temps la scène en a vu d’autres… La mise en scène parvient cependant à réinjecter du malaise dans une pièce qui ne fait plus vraiment scandale. Cela vient avant tout du choix des comédiens : trois des quatre jumelles sont jouées par des hommes – assez âgés – alors que le texte est écrit a priori pour quatre femmes. En transformant les personnages en vieilles folles, Jean-Michel Rabeux manie le travestissement, cher à Copi, et se joue de la frontière entre les sexes. Mais c’est sans aucun doute la vieillesse des corps qui dérange le plus. Le fard et la cérémonie meurtrière n’en sont que plus dérisoires et plus absurdes.

Absurde, en réalité, tout l’est. La pièce, construite sur une accumulation de morts et de résurrections désinvoltes, sans raison d’être, ne va nulle part. Même pas vers la mort ! Cette répétition insensée suscite d’abord le rire mais la pièce s’épuise vite et la mise en scène peine à se renouveler. La lassitude gagne. Malgré la courte durée du spectacle : cinquante minutes. Malgré les répliques qui fusent, jouissives. Malgré un jeu, quasiment expressionniste, qui apporte une belle étrangeté au spectacle. Malgré une distance juste (- on se félicite au passage qu’il n’y ait pas d’hystérie facile dans cette mise en scène). Reste la délicatesse avec laquelle Jean-Michel Rabeux et ses comédiens traitent ces quatre jumelles…

Les Quatre Jumelles, au Théâtre de la Bastille (Paris) jusqu’au 23 juin 2012.
Plus d’informations sur : http://www.theatre-bastille.com/
Texte : Copi / Mise en scène : Jean-Michel Rabeux / Avec : Claude Degliame, Georges Edmont, Marc Mérigot et Christophe Sauger

Crédit photos : Benoît Linder

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