Les russes sont à Marseille!

25/03/17 par  |  publié dans : A la une, Danse, Festival, Scènes, Théatre | Tags : , , , ,

Invasion

Après la grande peur des jaunes, l’invasion russe a nourri tous les cauchemars, ou presque. C’est arrivé en vrai au Toursky. C’est même récurrent, ça arrive tous les ans depuis 1995. Pourtant, cette vingt deuxième invasion -pacifique, faut-il le préciser ?- du Théâtre Toursky par les russes a connu un beau succès public. Avec les Ballets Moïsseïev, on a compté jusqu’à cinquante danseurs et danseuses à l’étroit sur une scène qui ne peut pas rivaliser avec la place rouge, il y en avait encore plus dans les coulisses, sans compter les techniciens.

Tania

On ne peut pas parler du Toursky sans évoquer la présence de Tania. « Fraîchement débarqué à Marseille un matin », elle avait avec Richard Martin créé le premier théâtre contemporain de cette ville, devenue un désert culturel. Depuis, le Toursky a été rejoint par deux Scènes Nationales et des théâtres de proximité, et c’est tant mieux. A voir ce qui rampe en ces temps « décomplexés » où la « bête immonde » est de nouveau très féconde, de la culture, il n’y en aura jamais assez. Que ce Festival soit russe comme Tania n’est certainement pas un hasard, elle était l’âme slave de ce théâtre, toujours là, discrète à l’accueil mais flamboyante sur scène, dans « L’oiseau de lune » ou « Le communisme raconté aux malades mentaux » de Matteüs Visniek ou encore « Carmenseita » d’Edmonde Franqui. On ne peut imaginer ce théâtre sans elle, pourtant il le faudra bien. Une part de chacun de nous est partie avec elle, elle va nous manquer à jamais.

Sergueï Artsybachev

Ce Festival était également dédié à Serguï Artsybachev, metteur en scène, ami et complice de toujours du Toursky et de Richard, récemment disparu. En vrai il n’a pas « disparu », il est juste mort, donc pas la peine de se raconter d’histoires, on ne le retrouvera pas, les artistes meurent aussi. Pourtant il était bien là, avec « Le dragon » qu’il a mis en scène au « Théâtre sur la Pokrovka » qu’il a fondé, comédie médiévale burlesque sur les dragons qui nous tyrannisent, hier aujourd’hui ou demain. Ceux qui habitent les ruines de l’union soviétique en savent l’éternité. Un philosophe américain plus apprécié en Europe que dans son pays, Woody Allen, s’insurge: « Non seulement la vie est une tartine de merde, mais en plus les portions sont ridicules ».

Roms et tziganes

« Les yeux noirs » est un chant incontournable qui doit s’accompagner de vodka sans modération. C’est aussi un groupe de musique tzigane et yiddish « pop », qui traverse toutes les frontières sans se lasser de la route, celle des éternels errants qui ne possèdent que leur violon et leur musique.
Ils ont aussi -parait-il- des dents en or, qu’un élu du Front de la Haine se propose d’extraire pour payer leurs frais de détention. « Ne crions pas victoire hors saison » nous dit Berthold, disparu il y a longtemps mais qu’on retrouve pourtant si souvent dans tous les théâtres qui ont une mémoire.

Lovro Pogorelich

Le Festival Russe c’est aussi le récital de piano ambitieux de Lovro Pogorelich, avec les « Tableaux d’une exposition » de Modeste Moussorgsky, modeste peut-être, génial sûrement, et « Ultime sonate de Guerre » de Serge Prokofiev, n°8 en Si bémol majeur opus 84 pour les érudits. Quand on aura dit que le Maître a du dompter un vieux Stenway rétif qui avait largement dépassé l’âge de la réforme ce qui était jusques là impensable, on ne sais jamais ce qu’elle a vécu quand on loue une Rolls, on mesurera l’exploit réalisé par le Maître.

Igor Moïsseïev

 

Enfin, outre le retour des clowns du Licedeï, les Ballets Igor Moïsseïev ont dansé à guichet fermé. Cela fait cinquante ans qu’ils dansent dans le monde entiers, et pourtant ils sont toujours aussi jeunes et beaux, propulsés par une folle énergie. Ils doivent avoir un elixir ou un autre truc.
C’est de la danse folklorique comme on n’en fait plus, de Russie et de ses anciennes Républiques Soviétiques, mais également de Corée d’Argentine ou de Colombie. Les puristes et les ethnologues objecteront à juste titre que la danse traditionnelle grecque ou coréenne est bien moins russe que la leur, elles sont en effet russifiées et magnifiées, mais à ce niveau d’excellence, c’est comme si on reprochait à Manuel De Falla de tirer le folklore du côté de la musique classique.

 

 

Il y aura encore beaucoup d’autres Festivals Russes au Toursky, entre mille autre spectacles, universités populaires ou conférences. C’est à Saint Mauron, promenade Léo Ferré, un théâtre militant indispensable.

Jean Barak

Renseignements et réservations au 04 91 02 58 35

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