Les soliloques de Jehan Rictus

14/07/19 par  |  publié dans : A la une, Scènes, Théatre | Tags : , , , , , ,

Marie Astier, comédienne, revient sur “Les Soliloques du Pauvre” au Théâtre des Carmes, à 13h10

Pierre-Yves Le Louarn et Sébastien Debard

Quand la pièce commence, un homme surgit de sous une sorte de tréteau, qui pourrait tout aussi bien être une grosse dalle d’église ou une petite scène de théâtre. Difficile de savoir. Tout comme il est difficile de savoir depuis combien de temps il est là. Cet homme qui sort de terre enveloppé dans une grande couverture sombre, peut-être est-ce un fantôme qui hante depuis toujours l’église dans laquelle un accordéoniste (Sébastien Debard) vient régulièrement jouer… Les propos qu’il tient ont été écrits en 1885 par le poète Johan Rictus mais semblent intemporels tant ils résonnent à nos oreilles contemporaines.

Pendant 1h15, l’espace-temps est comme suspendu : on est à la fois dans le passé et dans le présent, on est à la fois dans un théâtre, dans une église et dans un rêve. Le comédien Pierre-Yves Le Louarn joue lui aussi de cet entre-deux : il est à la fois dans un personnage minutieusement construit (corps, voix, rythme, regard, occupation de l’espace : la partition semble précise) et complètement avec nous, dans l’ici et maintenant du spectacle, s’amusant à prendre en compte le bruit de la cloche de l’église d’à côté, qui interrompt parfois le fil de ses pensées.

Ce ne sont pas de simples divagations sur sa condition de pauvre que cet homme nous propose, c’est une véritable réflexion sur la condition humaine qu’il construit peu à peu.

Si ce fantôme est un peu philosophe, il ne parle pas un langage conceptuel et éthéré. Il a le mot cru et le verbe à la fois gouailleur et incarné. Ce qu’il dit vient des tripes et il le partage avec nous.

Il y a du Dario Fo dans ce conteur qui rejoue devant nous sa rencontre avec celui qu’il a pris pour Jésus Christ, mais qui s’avère finalement être son reflet dans une devanture de magasin.

Il y a aussi du Brecht dans cet homme de quat’ sous qui n’a plus rien à perdre et qui ose crier haut et fort l’injustice et l’absurdité des situations qu’il observe tous les jours.

Mais il y a aussi du Beckett dans ce Vladimir ou cet Estragon qui, fatigué d’attendre en vain quelque chose qui ne vient pas, enlève ses chaussures pour se masser les pieds…

Pierre-Yves Le Louarn et Michel Bruzat


Avec leurs Soliloques du Pauvre, Michel Bruzat, Pierre-Yves Le Louarn et Sébastien Debard nous offrent un vrai moment de répit au cœur de la folie avignonaise. Et cela fait du bien. Ils nous invitent à nous arrêter un instant de courir pour mieux penser … mais à quoi au juste ? à l’objet de cette course effrénée peut-être…

Marie Astier

Partager :
  • Facebook
  • Twitter
  • Print
  • email

Laisser un commentaire