Louise Michel, la louve

13/07/19 par  |  publié dans : A la une, Scènes, Théatre | Tags : , , , , , , ,

La “vierge” rouge à Avignon, le Off, Théâtre au Vieux Balancier, 11h15

Clémentine Stépanoff

La justice et l’histoire ne sont pas notions compatibles. Le boucher de la Commune a son lycée de prestige, celui de l’élite de la bourgeoisie, où elle se reproduit. En mai 68, les lycéens et les étudiants marseillais l’ont rebaptisé “Lycée Commune de Paris”, mais ni l’académie ni le rectorat n’ont validé ce changement de dénomination, pourtant on ne peut plus légitime. Allez comprendre. Peut-être eut-il fallu l’appeler lycée Louise Michel? Qui sait? Peut-être eussent-ils été entendus?

La pièce

Il faut bien l’admettre, Louise Michel, la “pétroleuse”, n’est pas sans reproche. A peine revenue du bagne où elle a créé une école pour les indigènes et les enfants de bagnards -elle était institutrice dans l’âme- accusée d’avoir cambriolé trois boulangeries, sous le prétexte que le peuple avait faim, elle a été condamnée à cinq ans de prison. Nous sommes en 1886. Graciée par le Président après trois ans de peine, elle retrouve ses compagnons de lutte dans une réunion -ou une conférence- improbable imaginée par Alain Duprat, l’auteur. Elle se livre alors devant eux à un non moins improbable plaidoyer pro domo. Entre oeuvre pédagogique et carnets intimes, le pari est pourtant soutenu par la jeune Clémentine Stépanoff, qui réalise la gageure de faire exister cette grande figure de femme passion, emportée par les tourments de l’histoire. Sans doute intimidée par cette icône, elle rentre peu à peu dans le personnage. Elle devient Louise Michel quand elle évoque son amour perdu, assassiné par le boucher innommable qui a toujours son lycée à Marseille. Elle avait réclamé la mort, comme pour ses compagnons, les juges la lui ont refusée, ils n’avaient que faire de s’encombrer d’une martyre. Elle leur a promis de ne jamais céder, et n’a jamais cédé.

Sobrement mise en scène par Emmanuel Desgrées du Loû la pièce est portée avec passion par Clémentine Stépanoff. Elle incarne devant nous Louise Michel, combattante, poétesse, femme aimante, égérie de Jules Valles, Victor Hugo, Georges Clemenceau et Paul Verlaine, haïe par les possédants, les politiques et leur presse. Elle vénérait le drapeau rouge mais avait adopté le noir, celui du deuil de ses compagnons qui ont fait vivre à jamais la Commune de Paris.

Et on y croit.

Jean Barak

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