Marseille caniculaire, mais Marseille l’ibérée

11/07/15 par  |  publié dans : Danse, Scènes | Tags : , , , , , , , ,

Si ce vingtième Festival de Marseille est « muy caliente » ce n’est pas uniquement pour cause de canicule.

Caliente

l’inonoclaste Rocio Molina, des « cantaors » gitans ou pas, des traînes de Reines de la Féria qui n’en finissent pas, un ballet flamenco hispanique de la plus belle eau mâtinée des provocations du sulfureux Liñan, à faire éclater d’apoplexie un synode d’évêques, le Festival de Marseille aura fait dans l’ibère libéré.

 

Flamenco

Flamenco

Il n’y a plus de Pyrénées

« Nomada » est à double sens, le nomadisme des peuples comme celui des genres. Tabou sous la dictature de Franco, la question des transgressions du genre est devenue universelle.
Le mariage pour tous a bouleversé même l’Irlande très catholique, peut-être même un jour inventeront-ils le divorce et, qui sait, dans quelques décennies si les industriels nous prêtent vie, l’amour libre. Libre de tout lien, pour qu’il dure enfin. En attendant, juste après sa prestation de bel hidalgo, la féminité assumée de Manuel Liñan a beau être saturée de testostérone, à défaut de la grâce aérienne des nées filles, elle n’en est pas moins virtuose.

 

Linan 1U7A2558
La maître habillé en gitane de la Seita -mais il a gardé ses bretelles et son marcel- fait danser comme personne le châle et la robe flamenca à grande traîne.
Si rapport il y a avec Rocio Molina, c’est dans le dynamitage de la tradition. Elle en est pourtant paradoxalement transcendée. Le flamenco ne méritait de toute façon plus d’être conservé dans la naphtaline des nostalgiques d’une Espagne exotique depuis longtemps disparue, mais cela, seuls les espagnols le savent.

 

1U7A2293

Théâtre Sylvain

N’en déplaise au mistral qui soufflait en tempête sur l’antique Théâtre Sylvain, « Nomada » est un superbe spectacle où même les non hispanisants pouvaient lire le drame éternel du désir, de la rivalité de los machos verdaderos, de l’amour sans espoir de retour, de la passion amoureuse des farouches andalouses. Carmen était à tous les balcons. S’il fallait absolument formuler une critique, ce serait dans la perfection même du ballet qui laissait moins de place à l’émotion qu’à la prouesse. Trop beau, mais ça ne peut pas faire de mal.

 

1U7A2384
Il y a l’excellence de l’école académique et l’incandescence du flamenco gitan, ils ne jouent pas dans les mêmes tablaos.
Rien n’interdit d’aimer les deux, d’ailleurs les artistes de la communauté gitane -nombreux sur les gradins- était élogieux.
C’est tout dire.

Festival de Marseille, jusqu’au 17 juillet : http://festivaldemarseille.com/

Partager :
  • Facebook
  • Twitter
  • Print
  • email

Laisser un commentaire