N’ayons pas peur des mots : interview d’Anne Courpron

05/01/12 par  |  publié dans : Scènes, Théatre | Tags : ,

Jusqu’au 8 janvier 2012, La Folie Théâtre à Paris accueille le spectacle N’ayons pas peur des mots, un one woman show écrit et interprété par Anne Courpron. De son côté, Envrak accueille dans ses pages cette même Anne Courpron, alias Eveline Bichon : psycho-sexo-pedo-osthéo-analyste.

Une comédienne qui a du chien

Anne, peux tu nous parler un peu de toi et de ton parcours ?

J’ai fait des études d’Arts du Spectacle pour devenir critique de cinéma. Finalement, mon cœur est allé vers le théâtre… J’ai passé la licence (pour faire plaisir à ma mère!) et ensuite l’envie de me lancer dans l’interprétation a été plus forte que tout…

Je suis donc entrée au Conservatoire de Théâtre de Poitiers. Aujourd’hui, en plus de mon activité de comédienne, je donne régulièrement des cours de théâtre, ayant obtenu mon diplôme d’État. Il m’arrive aussi de participer à des courts métrages, comme par exemple, dernièrement 36ème Sous Sol, de PH Debiès.

Comment as-tu intégré la compagnie Le Théâtre des Agités?

La cie le Théâtre des Agités est dirigée par Jean-Pierre Berthomier qui était l’un de mes professeurs au Conservatoire. Nous nous sommes tout de suite bien entendus dans notre manière de travailler. A la sortie de l’école, il m’a proposé de jouer dans ses pièces, puis d’endosser le rôle d’assistante et enfin de devenir artiste à part entière, associée de sa compagnie pour trois ans, afin de monter mes propres projets artistiques.

N’ayons pas peur des mots est ta première pièce. Raconte nous d’où t’es venue l’inspiration, et combien de temps il t’a fallu pour en faire un spectacle abouti?

Alors, à la base, c’est une commande d’écriture que l’on m’a faite. C’est Jean Boillot, un metteur en scène avec qui je travaillais comme assistante, qui m’a demandé, à l’occasion d’un festival dont il s’occupait, d’écrire une forme courte, sur le thème du monstre et du rapport à la mère. Je me suis lancée. Une première version courte du texte a vu le jour fin juin 2008, puis la version longue en mars 2009. C’est difficile de quantifier véritablement le temps que j’y ai consacré, car, je travaillais en parallèle sur d’autres projets qui me prenaient également pas mal de temps… Mais mis bout à bout, j’ai mis presque 9 mois pour accoucher du texte intégral et du spectacle, répétitions incluses.

Comment le personnage d’Eveline Bichon est-il né et pourquoi avoir choisi l’univers psy?

Au moment où je travaillais sur l’écriture de N’ayons pas peur des mots, je jouais dans un spectacle de théâtre forum dans les lycées, basé sur les problèmes de relations « parents-ados ». J’avais, à ce titre, consulté plusieurs blogs, cherché des témoignages, etc… Je me demandais comment la communication entre générations pouvait basculer ainsi. Et, j’ai constaté, qu’il paraissait de nombreux livres, conférences et autres, à ce sujet. Chaque plateau télé a son psy maintenant. Chaque magazine sa rubrique psy. Chaque problème, sa méthode de coaching pour le résoudre. J’avais mon sujet.

Quant au nom d’Eveline Bichon, c’est une dédicace à ma maman, qui me surnommait son “petit bichon” quand j’étais enfant. “Eveline” est le prolongement de “Eve” la première femme.

On peut alors légitimement penser qu’il y a une part de toi dans ce personnage ?

Oui sûrement ! Il y a toujours un peu de nous dans les personnages. Ils se construisent avec nos corps, notre voix, notre énergie… Et j’avoue moi aussi mettre de la psychologie assez régulièrement dans mon quotidien. Certaines situations délicates auxquelles nous sommes tous plus ou moins confrontés demandent à être un peu psychologue …

Comme Eveline, les rapports que tu entretiens avec ta propre mère sont-ils, comment dire… « délicats » ?

Non, non, ils sont très bons ! Et, même si, chacun d’entre nous peut se « retrouver » dans certains des traits de caractère dénoncés par Eveline, même s’ils sont tangibles, ils n’en restent pas moins caricaturaux. D’ailleurs, ma chère Maman adore le spectacle. Elle en est fière et affirme partout qu’elle est “l’auteure de l’auteur !”

Quel(s) message(s) cherches-tu à faire passer ? Sur quoi le spectateur est-il amené à réfléchir ?

Je ne cherche pas à faire passer de message précis. Je souhaite juste que le théâtre, spectacle vivant, reste un lieu de questionnements. Avec cette comédie, je me questionne et questionne le public sur nos origines familiales. Qu’est ce que notre éducation nous donne comme “cadeau” ou “boulet” à trainer ? Je m’interroge sur la place de la femme et celle de la mère dans la société actuelle. Je me demande pourquoi cette prolifération médiatique des méthodes de coaching aujourd’hui.

Pourquoi avoir choisi un “one woman show”, dans lequel, en plus d’être seule, tu sollicites le public constamment, c’est une grosse prise de risques, non?

Tout d’abord, le “seule en scène” est aussi une réponse à une réalité économique. Il est très très difficile de trouver actuellement des financements pour des projets avec de nombreuses personnes (aussi bien sur scène que techniquement, en coulisses). Et, je suis une comédienne qui adore avant tout improviser. Tenter un seule en scène, c’est choisir le meilleur partenaire de jeu possible : le public !

A ce propos, le public est-il bon joueur ? T’est-il arrivé qu’il « ne prenne pas » ? Comment t’en sors-tu dans ces cas là ?

Sur toutes les représentations, le public a presque toujours bien réagit. Mais il arrive parfois que des personnes répondent un peu moins. C’est rare. Nous avons joué ce spectacle au Festival d’Avignon en 2010, ce qui nous a ensuite permis de le diffuser et de faire de nombreux autres petits festivals, un peu partout en France. Sur plus de 70 dates, les frileux ne représentent que 4 ou 5 personnes. On ne peut pas plaire à tout le monde ! Peut être n’avaient-elles pas tout réglé avec leur mère ?! Dans ces situations là, je poursuis mon spectacle et m’amuse alors avec eux, de leurs réactions. Personne n’a jamais quitté la salle, choqué ou scandalisé. Ou alors, je ne l’ai pas vu.

Quels retours, remarques, as-tu de la part de tes spectateurs ?

Une multitude de remarques très différentes. Ce que je trouve super, c’est qu’après chaque représentation, ils me parlent d’abord de moi, de mon jeu, du spectacle, mais il y a toujours un moment où ils me confient une anecdote personnelle sur leur mère. Je trouve ça formidable qu’ils puissent se reconnaître dans le spectacle.

En parlant d’anecdote, il me semble que tu en as une très drôle avec cette pièce…

Oui, absolument. Je suis intervenue en “surprise cachée” lors d’un séminaire de psychologues scolaires à Poitiers. Les organisateurs voulaient faire une blague et ont glissé ma conférence-spectacle parmi de “vraies conférences”. Une expérience inoubliable pour eux comme pour moi. Surtout quand les psychologues ont commencé à prendre des notes sans s’apercevoir que ce n’était que du théâtre. S’en est suivie une belle rencontre et de nombreuses discussions.

Le leurre a réellement fonctionné, si mes informations sont bonnes.

Oui, effectivement, ils avaient tellement été conditionnés à écouter des conférences, qu’un monsieur m’a demandé, à la fin, si il pouvait trouver le livre à la Fnac !

Après Paris, as-tu d’autres dates prévues?

Après mes représentations sur Paris, le spectacle va continuer sa route. Nous allons le tourner en province. Mon équipe est en train de mettre en place le calendrier de diffusion. Les dates seront mises au fur et à mesure sur le site du spectacle.

As-tu des projets de création d’un nouveau spectacle ? Un petit scoop pour EnvrAk ?

Oui, je suis actuellement en train d’écrire le prochain spectacle. Il abordera dans une nouvelle forme et de nouveau, le thème de la famille mais au sens plus large que celui des relations parents-enfants…

Un dernier mot sur la pièce ?

Ce spectacle est avant tout une comédie. Pour passer un bon moment, rire et déculpabiliser sur nos problèmes familiaux. Qu’on s’y reconnaisse ou pas, qu’on soit un homme ou une femme, qu’on soit parent ou non, ce spectacle permet au public d’entrer dans l’univers déjanté d’une psy, d’un personnage haut en couleurs !

N’ayons pas peur des mots, d’Anne Courpron

A la Folie Théâtre jusqu’au 8 janvier 2012 (du jeudi au samedi à 20h30 et le dimanche à 16h30).
Plus d’infos sur http://nayonspaspeurdesmots.bzubzu.org/

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5 commentaires

    Thibaud  | 05/01/12 à 16 h 19 min

  • Ravi de voir l interview de cette artiste, elle mérite ce focus sur son travail. L ayant vu jouer au festival off d Avignon, je vous confirme que l humour et le talent ne font plus qu un lorsque l on assiste à cette conférence thérapeutique du Docteur Bichon.
    Soyons réaliste, nous sommes tous nevrosés… alors on prend un ticket rapidement pour une séance..

    Au passage, très bel article. Bravo

  • Héloïse  | 06/01/12 à 12 h 10 min

  • Ah, c’est bien dommage que je ne lise cela que maintenant … Si j’avais su plus tôt ! Je vais peut-être tenter ce soir !

  • Aline  | 07/01/12 à 1 h 49 min

  • Bonsoir Héloïse,

    As-tu eu le temps d’y aller finalement??
    Ton retour m’intéresse, moi, et intéressera Anne aussi…
    En tous cas, présente ou pas, j’espère que tu as passé une bonne soirée :)

    Aline

  • Nanou  | 13/01/12 à 22 h 02 min

  • Bonjour,

    Je découvre tout juste ce reportage/interview, qui me donne follement envie de découvrir cette artiste et surtout ce spectacle.

    Étant mobile entre Lyon et Marseille, Anne a-t-elle prévue de tourner dans ces régions ? peut-être à nouveau au festival d’Avignon cette année ?

    Merci de votre retour.

  • Aline  | 14/01/12 à 20 h 28 min

  • Bonsoir Nanou,

    Ravie pour elle de constater ton intérêt pour le spectacle ainsi que pour sa comédienne.
    Le calendrier de diffusion est en constante mise à jour, aussi je t’invite à te rendre directement sur le site du spectacle:
    http://nayonspaspeurdesmots.bzubzu.org/ et/ou contacter la Cie Le Théâtre des Agités, qui est en charge de planifier les dates de représentations (coordonnées sur le site). Plein de rires en perspective alors!

    A bientôt sur EnvrAk pour de nouvelles découvertes!

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