Nathalie Pernette à fleur de peau

14/01/18 par  |  publié dans : A la une, Danse, Scènes | Tags : , , ,

Nathalie Pernette à fleur de peau

La dernière création de Nathalie Pernette, « Sous la peau », a été présentée au Théâtre du Merlan ce vendredi 12 janvier.

Nous vivons une époque formidable : pour la première fois dans l’histoire de l’humanité, l’ordre patriarcal est sévèrement battu en brèche par celles qui en sont les victimes, depuis la nuit des temps. On oubliera les rares sociétés matrilocales où des maîtresses femmes peuvent prendre femme pour s’occuper des enfants et des taches ménagères, et celles ou l’homme n’est qu’un géniteur qu’on écarte dès sa tâche reproductrice accomplie, c’est très marginal et parfaitement anecdotique. Quoique. La parole, donc, se libère enfin, et il n’y a pas de « mais… ».

 

 

C’est dans ce contexte et à contre-courant que Nathalie Pernette revendique la sensualité et le désir qui nous distinguent de l’animal, dans une danse subtile, un trio amoureux traversé de toutes ses contradictions. Ça pourrait être un traité de « l’hainamoration », tant l’éveil à la sexualité est problématique et les rapports humains paradoxaux, qu’on soit homme ou femme, femme surtout, voir plus haut. Mais on a vu aussi des femmes harcelées par des femmes et des jeunes gens victimes de prédateurs. 
« Sous la peau » est une succession de saynètes rythmées par des fondus au noir, où soli, duos et trios se succèdent, ponctuées de passages clair-obscurs avec seulement des mots ou des soupirs. Comment dire un « non ! » qui veut dire non, ou un non qui suggère un peut-être, ou un non qui veut dire « je résisterai farouchement avant que de me rendre », ou “Fais-moi mal Johnny, envoies-moi au ciel” ?
Si une Lady dit oui, ce n’est pas une lady.

 

Aimer

Seul c’est trop triste, à trois c’est conflictuel, ajoutez deux et ça fait six possibilités pour trois danseurs, autre signe des temps, mais ce n’est pas le sujet.
Aimer, ça peut prendre un grand nombre de formes, le renoncement sacrificiel de Cyrano, la version courtoise officielle de ceux qui ne sont pas parti aux croisades, les amours ancillaires ou les traquenards. On a même vu, dit-on, des gens qui s’aiment et se désirent totalement, corps et âme.
Nathalie Pernette décline tout cela, mais elle ne penche manifestement ni du côté de l’ordre moral qu’appelle le maladroit et rageur « balance ton porc », qui sous entend “tous des salauds”, ni de l’autre côté du balancier celles en limousine et chinchillas qui semblent ne connaitre ni le premier ni le dernier métro, « harcèle-moi benoit ! ».
Certes, la violence du propos est à la mesure de la violence subie,  mais « Balance ton porc » appelle en miroir «punis ta truie ». C’est oublier la” banalité du mal”, l’inhumaine humanité du bourreau, et l’humanité de la victime.

C’est hors sujet, mais avec ce qu’on fait des porcs, les vrais, il y aurait de quoi devenir végan si on n’aimait pas autant la charcuterie. Dénonce ton agresseur eut été plus juste, mais nettement moins sexy.

 

La voie du milieu

Et si, entre les deux, il y avait place pour le désir, pour l’autre si étranger qu’il suppose l’incomplétude, pour des regards, des mots et des gestes de tendresse, même maladroits, au risque d’un râteau, d’un désir ou d’un amour encombrant dont on ne saurait plus que faire, sinon se consumer quand il n’est pas partagé? On ne sait jamais où on pose son pied. Qui sait, peut-être y aurait-il même une place pour un peu d’amour, dans ce monde de brutes ?

 

 

Ce ne sont peut-être pas les questions que se pose Nathalie Pernette dans « Sous la peau », mais ça se pourrait. Chacun fera sa religion.

Romain Gary se désolait : « L’égalité ? Je suis totalement pour mais il ne faut pas rêver, ce n’est pas pour demain, les femmes nous sont tellement supérieures ! »

Jean Barak

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