Oberdorff et Kinoshita au Klap

23/10/17 par  |  publié dans : A la une, Danse, Scènes | Tags : , , , , , ,

Le corps palimpseste d’Eric Oberdorff au KLAP

Après y avoir présenté son pré-projet il y a quelques mois, Eric Oberdorff propose sa nouvelle création « Mon Corps Palimpseste » au Klap dans le cadre du Festival de création « Question de Danse ». Dans l’autre studio, Liz Kinoshita se risque au regard du public avec un travail en cours, -ou work in progress- « You can’t take it with you », qui pourrait se traduire librement: « Tu ne l’emporteras pas au paradis »  ou « (…) dans ton cercueil ».

 

Liz Kinoshita

Elle interroge la tension entre nos besoins et notre surconsommation, les écologistes affirment qu’au train où nous allons dans le mur, il faudrait cinq planètes pour couvrir notre rapacité. Que faire pour que l’humanité nous survive ?
Son spectacle ne ressemble à rien de ce qu’on a vu. Le public est disposé en îlots dans tout l’espace scénique, les danseurs évoluent autour, seuls ou ensemble, ça ressemble plus à un sauve-qui-peut qu’à un spectacle. Puis ils vous invitent à dégager le centre mais dansent autant en suspension au-dessus du public que dans l’espace dégagé, une danse brute et viscérale qui recherche la transe et les laisse épuisés.

 

 

Ils produisent eux-mêmes le son avec des chants gutturaux dont le sens en anglais échappe en partie, même aux anglophones. Cri d’alarme en état d’urgence climatique, la proposition de Liz Kinoshita ne laisse personne indifférent. La création définitive est pour le 2 novembre à Gand, on peut toujours espérer qu’ils nous reviennent tantôt. On a beau croire que tout a été fait et que tout a été dit, mais il y en a des qui surprennent encore, même les plus blasés.

 

Eric Oberdorff

Pour être Niçois il n’en est pas moins international, en douze ans d’existence la « Compagnie Humaine » qu’il a fondée a créé vingt chorégraphies en France, en Europe et aux Etats-Unis.
Formé à l’école de Hightower à Cannes puis à l’Opéra de Paris il a dansé notamment pour Kylian, Balanchine, Forsythe, Maillot, Uotinen, Armitage, Neumeïer, etc. Mais il travaille également pour l’opéra, le cinéma, le théâtre, comme acteur et comme metteur en scène. Sous ses airs débonnaires et paisibles c’est un insatiable hyper-actif.
Dans notre Sud on a pu voir « Un autre rêve Américain », « Juana » au Klap et une pièce commandée par Frédéric Flamand pour le Ballet National de Marseille. Il a donc beaucoup fréquenté les néo-classiques mais on ne les retrouve pas dans son travail, plus intimiste que performatif. Il ne recherche pas la prouesse mais le rapport intime du danseur à la danse, à son corps, à son partenaire.

 


Son corps palimpseste est une sorte de rétrospective de son parcours intérieur, à la recherche de ce qui reste quand on a tout oublié, et de ce qui réapparait sous les strates accumulées de l’existence. “I can’t forget, but i don’t remember what” chantait Léonard Cohen.
Ce fardeau est symbolisé par un amas de cordages et de tissus qui ensevelissent la danseuse, elle s’en extraiera pour un pas de deux aux mouvements très amples, et des portés où la pesanteur garde ses droits.
C’est une belle pièce minimaliste, dans une ténèbre épaisse où on distingue à peine les silhouettes.
A suivre donc: si la messe est dite, il y aura d’autres dimanches.
Le Festival de Michel Kelemenis est terminé, un autre s’annonce : « Festivanges » du 28 novembre au 21 décembre.

Jean Barak

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