Oh Boy ! On est bien, Tout contre Léo

17/07/10 par  |  publié dans : Scènes, Théatre | Tags :

A Avignon, sur un goudron brûlant. D’un côté de la rue se joue Oh Boy !, juste en face s’est installé Tout contre Léo. Deux créations “jeune public” présentées au festival Off d’Avignon, qui réunissent dans la salle plus d’adultes que d’enfants. Premier point commun d’une longue liste de ressemblances : Deux grands textes contemporains, l’un signé Marie-Aude Murail, l’autre Christophe Honoré, édités à l’Ecole des Loisirs (il faudra un jour parler plus longuement de cette fantastique maison d’édition). Deux adaptations sous la forme du monologue, portées par deux acteurs qui jouent de leur voix et de leur corps pour faire exister deux familles de traviole. Deux affiches tentantes, donc, prometteuses, et du coup dangereuses. Et finalement, deux coups tirés en plein cœur. Une balle de ping-pong et une paire de ciseaux ronds peuvent faire beaucoup de mal.

Que se diraient Barthélémy d’Oh Boy ! et P’tit Marcel de Léo s’ils franchissaient leur bout de trottoir pour se rencontrer ? Imaginons nos deux héros cohabitant dans une grande maison, à la manière de Playmobil dont on assemble et divorce les familles à loisir. Alors on disait que P’tit Marcel et Barth se retrouvaient pour les vacances et qu’ils se racontaient leurs histoires.
“Alors moi, dirait P’tit Marcel, j’ai dix ans, et cette année mon frère Léo, le plus beau, il est mort parce qu’il avait le sida. Mais moi j’ai fait comme si je savais pas qu’il allait mourir, parce que mon boulot c’est de balancer de la vie plein la baraque, c’est Léo qui l’a dit. Combien de temps je mettrai pour oublier Léo ?” P’tit Marcel porterait un jean et un sweat-shirt vert à capuche, un walkman rouge en bandoulière, pour écouter des tubes des années 90.
Barth ne serait même pas gêné par cette révélation. Il faut dire qu’il est en train d’élever ses trois demi frère-sœurs orphelins, qui lui sont tombés sur les bras d’un coup, et dont l’aîné se remet tout juste d’une leucémie. Des situations dramatiques, il en a traversé, mais ça ne l’empêche pas de dégainer des blagues pourries et des gaffes aux moments-clés. Entre deux rendez-vous chez la juge des tutelles, il écoute Cocorosie et chope des mecs sur du Mika, parce que Barth est un grand gars cool de 26 ans.

Thomas Cornet dans Tout contre Léo.

Barth et P’tit Marcel pourraient jouer un bout de temps au jeu de “qui a l’histoire la plus sordide”. Puis ils enchaîneraient sur le concours du “qui aborde le mieux les questions qui fâchent face à un public de tous âges” : “Moi je parle du sida, et puis des a priori, des secrets, tout ça ! Ouais mais moi j’ai les services sociaux, les nouveaux modèles familiaux, presque l’adoption homoparentale tu vois !” Enfin, et ça leur prendrait la nuit, ils se disputeraient pour savoir qui ramasse le plus de larmes dans un petit seau à la sortie de la salle.

La maison de P’tit Marcel est faite de rideaux de papier qu’il déplie, découpe, déchire et dessine selon ses humeurs. Derrière, un tas de feuilles froissées indiquent que P’tit Marcel ne nous a pas attendus pour s’énerver. Mais P’tit Marcel est un gentil et lorsque, capuche sur la tête, il shoote dans les seaux disposés aux quatre coins de sa maison, c’est en douceur, en tristesse.
Douceur aussi du côté de Barth le marrant. Mobilier sobre pour garçon du siècle: une grande armoire tour à tour civière et autoroute à petite voiture, trois cubes suspendus qui dissimulent des interlocuteurs-jouets, des terrains de jeux miniatures. Chez Barth la légèreté n’est pas superficialité, elle est résistance contre la maladie, contre le deuil. Siméon est en train de crever ? Distribution de Tupperwares de mousse au chocolat ! Après un don de sang : “Plutôt que mes plaquettes, t’aurais pu prendre celles de la voiture !” Etc., etc., parce qu’il ne faut surtout pas s’arrêter.
Tandis qu’en Bretagne chez P’tit Marcel… Ça sent le far aux pruneaux d’accord, mais ça pue surtout les haricots qu’on écosse dans une cuisine humide, la pluie, la mauvaise ville où “ce sera comme tous les jours” alors que Léo tousse, s’absente, respire bizarre.

Dommage juste que l’histoire de Barth soit si pressée. Le roman de Marie-Aude Murail était long, il a fallu couper, sauter par dessus, beaucoup. Résultat, notre héros apprivoise sa nouvelle famille en une volte-face et assume la maladie de Siméon en un affaissement d’épaules. P’tit Marcel, lui, prend davantage son temps. Il s’éparpille moins que le débordé Barth, se concentrant sur Léo et sur l’impossibilité croissante de vivre avec cette famille tant qu’il devra cacher qu’il sait.

Par quelle magie l’un et l’autre parviennent-ils à se tenir si éloignés du “téléfilm du mardi sur M6” honni par P’tit Marcel ? Les violons auraient de quoi vibrer, pourtant. Les malheurs de Barth feraient le bonheur des scénaristes de Sept à la maison. D’abord, le truc, c’est qu’on rit beaucoup. Ensuite, parce que l’air est partout dans les deux mises en scène, la délicatesse, la fragilité. A la fin de Oh Boy !, des dizaines de balles de ping-pong tombent du ciel sur Barth et sautillent sur la scène, comme vivantes. Il a l’air heureux.
Tout contre Léo, par la compagnie du Dagor. Au Festival Off d’Avignon jusqu’au 31 juillet, et en tournée. http://www.myspace.com/dagorthomas

Oh Boy ! par le Théâtre du Phare. Au Festival Off d’Avignon jusqu’au 31 juillet, et en tournée.
www.icimeme.fr

www.avignonleoff.com

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1 commentaire

    thomas  | 18/07/10 à 20 h 53 min

  • bonjour! et merci pour cette belle critique
    (et je suis un fan de Oh boy! -le livre ET le spectacle)
    à noter la bonne adresse du site de la Cie : http://compagniedudagor.com/
    amicalement
    thomas

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