“Paroles” de Jacques Prévert en Avignon

21/07/16 par  |  publié dans : Scènes, Théatre | Tags : , , , ,

Anne MarlangePrévert ? La M.J.C. Ou le collège ? Mais non, en 2016, au Festival d’Avignon, c’est au Théâtre de l’Atelier Florentin.

Jacques Prévert est né il y a cent et seize ans. S’il n’était pas parti à temps, à soixante dix sept ans, on aurait pu lui épingler la légion d’honneur, à lui qui écrivait « Vous déboisez imbéciles ? » à propos de la grande guerre, la der des der, et de la suivante. Il n’a pas échappé à la pléiade et au papier bible, pourtant il répondait au « Poussière, tu n’es que poussière » du Pape : « Tais toi tu parles comme un aspirateur ! » et écrivait « J’ai toujours été intact de Dieu ».

C’est en 1945 que parole est paru avec les textes réunis par René Bertelé, un tirage confidentiel supposé n’intéresser que quelques jeunes zazous de Saint Germain des prés, mais qui a du être tiré à cinq mille exemplaires la semaine suivante. Avant cela, il avait accumulé les petits boulots pour vivre, c’est avec « les feuilles mortes » qu’il a assuré plus qu’il n’en fallait sa subsistance, pour ne plus jamais « aller au dur » de toute sa vie. La dernière version chantée -après d’innombrables autres- est de Bob Dylan en 2015 dans « Shadows in the night », toujours sur la musique de Joseph Kosma. Qu’est-ce qui fait que ce vieux ronchon qui aimais tant les enfants -mais de loin- pour en parler si bien persiste à hanter Avignon ?

Pourquoi ramener encore et encore ce monument historique de la poésie française ? Sa fraîcheur ? Son humour ? L’actualité de son engagement? « Étranges étrangers »…La musicalité de son langage ? « Dans les bois de Clamart on entend les clameurs des enfants qui se marrent , il fait chaud, la grande dolichocéphale sur son sofa s’affale et fait la folle »…

Ou tout simplement parce qu’il touche juste, qu’il émeut, encore et encore ?

Anne Marlange

Anne Marlange

Anne Marlange est de ces actrices discrètes aux talents multiples, chanteuse d’opérette, écrivant et jouant aussi pour les enfants. Elle a choisi dans « Paroles » vingt neuf poèmes au petit bonheur, mais beaucoup justement en direction des enfants, jeunes ou moins jeunes. Comme il y en a quatre vingt quinze, il y a matière pour ce seul recueil, à deux autres spectacles, pour le moins. Elle plante un sobre décor année trente, elle joue avec subtilité les personnages pittoresques ou picaresques de l’univers de Prévert, les poèmes sont ponctués par la clarinette discrète d’Emmanuel Pierre.

Pour ceux qui l’aiment plus que de raison on peut encore entendre les enregistrements de la voix du Maître, déclamer avec son phrasé asthmatique de grand fumeur ses pamphlets et ses cris du cœur.

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Alors pourquoi diable monter Prévert à Avignon ? Pour entendre encore sa petite musique dont on a oublié à quel point elle nous habite ? Pour que les enfants le découvrent ? Pour l’envie qui vous prend à peine sorti de retourner à « Choses et autres », « Fatras », « La pluie et le beau temps », « Histoires », « Spectacle », ou « Soleil de nuit » ?

Probablement pour tout cela.

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Prévert savait être tendre, féroce, drôle, aimant, nombre de ses poèmes sont tombés dans l’oubli des livres abandonnés à leur sort immobile, d’autres courent encore et toujours dans les rues, c’est l’âme des poètes. Une oasis de fraîcheur dans la jungle caniculaire d’Avignon.

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