Ring au Petit Saint-Martin : Audrey Dana et Sami Bouajila

31/10/13 par  |  publié dans : Scènes, Théatre | Tags : ,

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Ring, c’est un terrain de jeu pour le couple. Parents, amants, étrangers, maris et femmes, Adam et Ève, divorcés, veufs, tous se débattent avec leurs instincts, leurs idéaux, leurs réflexes d’enfants.

One ring to bring them all

Le rythme de la pièce est à l’image de la vie, les deux acteurs nous plongent dès leur entrée sur scène dans une agitation permanente, oscillant entre rires et larmes, pour soudain nous laisser hagards, dans un étrangement flottement, une pause furtive avant de retourner sur ce Ring. On passe d’une guerre à une séduction, d’un moment de tendresse à une rupture.

Ring, c’est 18 scènes de couple, qui s’enchainent, servies par une mise en scène épurée. Sur scène, les deux acteurs jouent de quelques éléments, parce que le matériau premier reste la lumière. Lumière qui s’accroche à cet immense écran tendu qui se prolonge sur la scène et sur lequel apparaissent des mots, des lignes, des étoiles, un cœur qui bat.
Cet écran crée un effet miroir avec le spectateur qui se retrouve lui aussi presque sur cette scène qui ne connaît pas vraiment de limite. D’ailleurs les acteurs se battent, courent, dansent, jusqu’à sortir de notre champs de vision ou presque tomber dans le public qui sonné, assiste à ce Ring en se demandant qui d’Audrey Dana ou Samir Bouajilah en sortira indemne.

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La mise en scène, donc, est simple, d’une épuration qui sert la poésie de l’écriture. On oscille parfois du côté de la danse. La lumière habille les comédiens. Outre l’écran, un banc et un lit, c’est tout ce qu’il faut pour combler ces 18 scènes.

Plus qu’une simple interrogation sur le couple, c’est avant tout la mise à nue des non-dits, ce qu’on ne dit pas pour conserver les apparences, ce qu’on ne doit pas dire pour ne pas choquer ou blesser l’autre et qui soudain est lancé en pleine figure : infidélité, exclusivité, ennui, secrets, rancœur, lassitude de la vie de couple ou de parent, peur de la vanité, du vide, du banal, envie de passion et de liberté, besoin de se faire mal pour vibrer, les serments.

Les deux acteurs se tournent autour, s’agrippent violemment pour se déchirer, se séparent et se retrouvent. La passion succède à l’ennui, les cris au silence. On valse entre tendresse et cruauté. Les acteurs aussi valsent, dans des chorégraphies imparfaites, ils ne sont pas danseurs, mais leur fébrilité est touchante, révélant sensualité, et, même, bestialité.

And in the darkness bind them

La pièce monte en puissance, on commençait avec Eve qui confiant à Adam qu’elle s’ennuyait. On continue avec des demandes de serments, l’homme qui révèle ses véritables désirs : « (…) jure-moi que ta, langue, ta gorge, tes dents, tes gencives, tes fesses tes lèvres, tes cuisses, ton pubis, tes muscles, ton cœur, ton foie, tes poumons, ton sang, ta rate, ton larynx, tes os, ta bile et ton sexe, jure-moi que tu ne les laisseras pas vieillir pendant tout le temps que durera notre histoire » et la femme qui ne cache plus sa colère : « je te jure que ton chat, ta bonne, ton boucher, tes maîtresses, ton traiteur, ton banquier et sa femme, je te jure que je les séduirai mille fois plus que toi pour que chacun te crache dessus le jour où tu me quitteras ». Toutes phrases qu’on pense mais qu’on ne dit pas.

Dans Ring, Audrey Dana, époustouflante, et Sami Bouajila, très convaincant, les crient, les murmurent, les pleurent aussi.

ringAprès avoir révélé nos colères, nos passions, nos non-dits, nos hypocrisies, nos désirs, nos peurs ; après s’être aussi moqué des stratégies dont on se pare pour séduire, des mots convenus qui habillent nos rencontres ; après s’être trouvés, s’être aimés, s’être quittés, détestés ; après le couple en fait, Audrey Dana nous fait face, en larme, pour un dernier monologue sur les regrets, le manque, le temps qui passe et de conclure : « Ecoute ce présent comme il est beau et comme il a manqué à notre amour ».

On applaudit à la fin, autant pour saluer la prestation des acteurs que pour chasser l’émotion, on conjure les larmes par des bravos. Léonore Confino, l’auteur de la pièce voulait que « les spectateurs sortent de Ring aussi épuisés qu’après avoir assisté à un combat de boxe, le désir au ventre de retourner à la vraie vie pour aimer et panser les blessures », c’est chose faite.

Ring, au Petit Saint-Martin à Paris jusqu’au 4 janvier, texte de Léonore Confino, mise en scène de Catherine Schaub, avec Audrey Dana et Sami Bouajila, chorégraphies Magali B.

Plus d’informations sur : http://www.petitstmartin.com/
Photographie © Bernard Richebé

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