Rosas Danst Rosas – Anna Teresa de Keersmaecker

17/10/13 par  |  publié dans : Danse, Scènes | Tags :

On ne la présente plus, son spectacle non plus. Rosas Danst Rosas a été créé il y a 30 ans, a tourné dans le monde entier, Thierry De Mey en a fait un film, dont Beyonce s’est largement inspiré pour son clip Countdown. Alors pourquoi continuer à représenter ce monument de la danse contemporaine créé et encore interprété par la chorégraphe flamande Anna Teresa de Keersmaecker ?

C’est toute une question sur la mémoire de la danse qui est posée : comment ce spectacle a-t-il été perçu à sa création en 1983, comment est-il perçu aujourd’hui ? Comment un corps qui l’a dansé trente ans plus tôt le danse-t-il aujourd’hui ? Spectacle vivant ou répertoire figé : qu’est-ce qui a évolué ?

Rosas Danst Rosas

Rosas Danst Rosas, pièce d’1h40, a été créé pour 4 danseuses, dont Anna Teresa de Keersmaecker. Le rythme est lent, les mouvements sont très répétitifs, l’esthétique est à la fois épurée et intrigante. Un fond fait de film plastique (ou quelque chose qui y paraît), un long miroir formant une bande de chaque côté de la scène et des chaises empilées dans un coin de la scène, comme dans un bar qui viendrait d’être nettoyé. Des écolières, des jeunes filles pensives, des jeunes femmes qui travaillent dans une usine (en témoignent la musique de bruit de machines, un peu à la manière de celle que l’on peut entendre dans Dancer in the dark, de Lars Von Trier)… on peut imaginer plusieurs interprétations. Elles sont vêtues d’un tee-shirt trop large pour elles. Se qui permet à certaines de nous suggérer coquinement une épaule, puis deux, puis de se rhabiller et à d’autres de nous faire ressentir leur gêne, voire leur honte de se dévêtir et revêtir systématiquement. Beaucoup d’attente, d’ennui : il se passe quelque chose et rien à la fois. A quoi pensent-elles ? Qu’attendent-elles ?

Le plus surprenant et l’un des moments les plus vivants du spectacle surgit comme un éclat de vie quand la pièce est terminée. Un groupe de petites filles avec des robes aux couleurs vives, qui tranchent complètement avec les costumes ternes des danseuses, arrivent sur scène, rieuses, en courant et s’installent sur les chaises. Elles reprennent la chorégraphie sur les chaises en y ajoutant des sons qui font rire la salle. La jeunesse reprend le flambeau mais pas de la même façon que leurs aînées : il y a plus de recul et d’humour. Elles moquent la répétition et le souffle musical, rythmique très présent dans le spectacle, ainsi que dans la majeure partie du travail de la chorégraphe flamande. C’est un souffle de vie, une bouffée d’humour, de joie, d’espoir pour la relève de cette chorégraphie baignant dans son histoire.

Re : Rosas

Pour fêter les 30 ans de son œuvre, la chorégraphe a eu l’idée de lancer un tutoriel en ligne pour apprendre à qui le souhaite une partie de la chorégraphie. Inspirée des mouvements de la vie quotidienne et sur une base très répétitive, sa danse devient à la portée de n’importe qui. Le projet Re :Rosas est développé : le monde entier est invité à se filmer en train de reprendre les mêmes mouvements, dans des lieux ou des situations plus ou moins incongrus. A l’origine une danse interprétée uniquement par des femmes, beaucoup d’hommes se sont essayés au projet et on peut en voir un grand nombre dans les vidéos envoyées à la compagnie Rosas. Le succès du projet dépasse toutes les frontières : du Mexique à l’Inde, en passant bien évidemment par la Belgique, ce sont plus de 250 vidéos que la compagnie a reçu en l’espace de 3 mois. Toutes les vidéos sont visibles sur le site internet du projet Re :Rosas : http://www.rosasdanstrosas.be/accueil/

La pièce était jouée mi-octobre au Kaaitheater, à Bruxelles, le lieu de sa création et sera en tournée en Belgique, en France et en Espagne. Toutes les dates sont consultables au lien suivant : http://www.rosas.be/fr/production/rosas-danst-rosas

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