« Shake it out » au Pavillon Noir

25/11/14 par  |  publié dans : Danse, Scènes | Tags : , ,

Ubl Christian

Ubl ChristianChristian Ubl fait partie de ces chorégraphes et danseurs aux trajectoires transversales: venu du patinage artistique et des danses latines, il parcourt l’Europe et danse pour des petites compagnies, avant de créer la sienne: CUBe. Au Ballet Preljocaj, on a toujours cru en lui, avec « Shake it Out » il leur donne raison. Autrichien vivant en France, ils est travaillé par sa dissonance culturelle.

« On peut sauter sur sa chaise comme un cabri en disant ‘l’Europe l’Europe l’Europe’ mais ça n’aboutit à rien et ça ne signifie rien » ironisait le Général De Gaulle. Il ne savait pas que ses successeurs créeraient l’Europe du libre échange de l’argent et des marchandises, à défaut de celle des peuples, il faut bien commencer par quelque chose.

En Autriche on porte des culottes de peau et on marche au pas, pas cadencé, pas de l’oie, pas de tir. La danse de Ubl est un hybride contre nature entre la danse folklorique et un défilé militaire. Le drapeau étoilé de l’Europe qui n’existe pas fédère celle des peuples disparates et réunit ses bannières. On a vu des drapeaux dans « Viendront Mille ans de Calme » et un stroboscope dans « N », mais ce qui importe dans une citation c’est ce qu’on en fait. Puis viennent des danses Olympiques, gymniques. Après un hymne à la joie pathétique comme celui des enfants qui chantent parce qu’ils ont peur du noir, soudain ils sont nus, les différences ne tiennent pas à grand chose, un linceul n’a pas plus de poches qu’un drapeau. Alors ils sont sans artifices, sans protection, dans leur vérité d’être de chair, beaux et fragiles. On nait nu. Métronomique au début, la danse devient frénétique, c’est une fête tribale où l’Europe est transformée en fétiche africain par des lambeaux de drapeaux. Drapés de leur seule bannière ils sont condamnés à s’entraider au delà des langues et des cultures, le pire n’est jamais sûr.

A Sotchi, nos tireurs d’élite tirent sur des cartons, la France retient son souffle, dans le même temps des policiers tirent sur la foule en Ukraine, qui veut rejoindre l’Europe. Pour eux, ça a encore du sens, celui des richesses accessibles pour tous. Il y a du Sotchi à se faire, mais tant que les Dieux joueront dans les stades, on n’y entassera pas les peuples. C’est une lecture possible de cette pièce, il y en a certainement d’autres.
En interrogeant ses déchirements intimes, Christian Ubl a touché à l’universel.

Ubl

Ubl

Ubl Christian

Ubl

 

En tournée :

– mardi 25 novembre 2014 – 21h00 KLAP maison pour la danse – Marseille
jeudi 27 et vendredi 28 novembre 2014 – 20h00 scène nationale art sciences Meylan (38)
samedi 7 et dimanche 8 février 2015 Festival Tanz in Bremen – Brème (A)
vendredi 20 mars 2015 Théâtre de Chatillon (92), Festival – Biennale du Val-de-Marne
mardi 19 mai 2015 Scène nationale de Cavaillon (84)

Partager :
  • Facebook
  • Twitter
  • Print
  • email

Laisser un commentaire