T’es dans la dune ?

01/04/09 par  |  publié dans : Scènes, Théatre

On entre dans la salle du théâtre : des soldats patrouillent sur une dune de neuf tonnes de sable à demi suspendue. Dès lors, on est dans le désert, le temps et l’espace ne seront plus tout à fait ceux que nous expérimentons habituellement.

« J’ai appris d’Ozu la façon de découper le temps et de Vermeer la façon de découper l’espace. » Oriza Hirata

Oriza Hirata, né à Tokyo en 1962, fait le tour du monde à vélo à 16 ans, puis écrit sa première pièce alors qu’il est encore étudiant, et fonde à la même époque sa compagnie, Seinendan, en 1983. Dès les années 1990, il monte ses spectacles, au théâtre Komaba Agora à Tokyo, où sa compagnie est en résidence dès 1986, et dont il deviendra le directeur artistique. Les questions du rapport de la société au théâtre, et vice-versa, le passionnent : s’il est aujourd’hui un des auteurs et metteurs en scène les plus connus et reconnus au Japon, il est aussi membre de nombreuses institutions culturelles et éducatives nipponnes. Dans l’autre sens, il a défendu par ses écrits théoriques et théâtraux, et par ses mises en scène la « théorie du style parlé dans le théâtre contemporain », au travers de laquelle il veut montrer le « temps tranquille » de la vie quotidienne, pleine d’émerveillement, de joie, de complexité, de drame.
Dans le cadre de la programmation japonaise du Théâtre de Gennevilliers cette année, deux pièces d’Oriza Hirata ont été montées cette saison : Tokyo Notes (pièce créée au Japon en 1995) en novembre 2008, et Sables et Soldats (créée au Japon il y a deux ans) en création pour son adaptation française par l’auteur.

Car cette pièce japonaise a été complètement transposée pour l’occasion : originellement, elle se passait en Afghanistan, avec des soldats japonnais. Nous voilà maintenant au Moyen-Orient, avec des soldats français. Et pas que des soldats : une couple en voyage de noces, un père accompagné de sa fille à la recherche de sa femme, une femme à la recherche de son mari militaire… et des opposants, japonais. Ils se croisent rarement, mais se rattrapent souvent, au gré des pauses de chacun, et tous finissent par se rencontrer sur cette dune immobile. Cette dune, c’est tout le désert. La salle de théâtre devient immense, infinie, et le temps se dilate, se contracte et se boucle au fil des arrivées des personnages, depuis le derrière de la dune, chacun grimpant toujours à l’identique la montagne de sable avant de paraître au public. Et dans leur marche, ils n’attendent pas Godot, ils partent à sa recherche, indéfiniment, avec calme ou à grands cris déchirants. La route du désert n’est pas qu’absurdité, elle est aussi l’occasion de poésie quotidienne, de rêverie et d’humour fin comme le sable qui tombe du ciel.

C’est un spectacle intrigant et nécessaire, au Théâtre de Gennevilliers jusqu’au 11 avril, tous les jours sauf lundi. Toutes les informations sont sur http://www.theatre2gennevilliers.com
Photos : pierregrosbois.net

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