Une Giselle coloniale par Dada Masilo

25/10/18 par  |  publié dans : A la une, Danse, Scènes | Tags : , , , ,

Petipa

Créée en 1841 à Paris, puis Chorégraphiée en 1887 à Saint-Pétersbourg par Marius Petipa, Giselle est le premier grand ballet romantique.

Les thèmes éternels de la mésalliance, des amours contrariées, des faux-semblants et des trahisons, de la douleur et de la vengeance, de la vie, de la mort et les limbes ou errent les âmes des jeunes vierges délaissées, en ont fait un standard incontournable. Vénéré par Tchaïkovsky, Giselle traverse le temps et inspire encore et toujours les artistes.

Le Dance Theater of Harlem a créé en 1984 une Giselle Créole où tous les danseurs sont noirs, les miséreux comme les nouveaux maîtres post-coloniaux. Dans le meilleur des cas, les maîtres indigènes installés par les colons ne sont pas meilleurs que les anciens.

Giselle

Albrecht a juré fidélité à Gisèle, mais il est duc de Silésie et fiancé à la fille du Duc de Courlande. Il la trahira, elle en mourra et rejoindra la sarabande des Wilis. Ces créatures fantastiques de la mythologie slave comme les nymphes Grecques sont les spectres des jeunes fiancées délaissées et trahies, mortes vierges et infécondées. Bacchantes irrésistibles, mi-vampires mi-nymphes, elles reviennent pour danser dès minuit et se venger des hommes qui ne les ont pas faites femme.

Dans la version dadaïste, Myrtha, la reine des Wilis est un sorcier transsexuel.

Anthologie

Malgré des danseurs et danseuses éblouissants, la première partie n’échappe pas totalement à la facture désuète de ce ballet absolument classique, peut-être par excès de respect du monument ou pour son propos didactique à l’usage des jeunes filles naïves. Certes, elle le reprend à son compte, le détourne et l’élargit, mais on lit le discours sous la danse qui l’illustre. On se souvient du “Lac des Cygnes” décapant de Dada Masilo, digne d’un Mats Ek sud-africain, les “Trocks”, les Ballets Trockadero de Monte-Carlo dont le Giselle est un chef-d’oeuvre d’humour et de dérision ne le désavoueraient pas non plus. Fidèle dans la transposition, la première partie reste proche du livret. Peut-être que le message a pris le pas sur la transgression, ou que l’humour n’est pas là son propos.

Quoiqu’il-en-soit il faudra attendre le fondu au blanc et la deuxième partie pour être emporté là où la chorégraphe laisse libre cour à son génie, la sorcellerie lui va très bien. Dada Masilo est une danseuse extraordinaire, explosive, sa folle énergie fait pâlir l’excellence de ses interprètes, cette deuxième partie endiablée est un chef d’oeuvre à elle seule.

Foin de réserves tatillonnes, Dada Masilo rejoue Giselle au Pavillon Noir d’Aix en Provence du 13 au 15 décembre 2018, on peut y courir toute affaire cessante si le spectacle n’est pas déjà complet.

Jean Barak

Partager :
  • Facebook
  • Twitter
  • Print
  • email

Laisser un commentaire