[Festival de Gardanne] : Envie d’ailleurs

22/10/14 par  |  publié dans : Cinéma | Tags : , , , ,

Gardanne, jour 5. La compétition est placée sous le signe de la fuite. En avant ou en arrière, ailleurs ou nulle part, peu importe, tant qu’au bout, la liberté est enfin retrouvée. Pas si simple : pour la jeune maman de La Belle Jeunesse ou le père en cavale de Vie Sauvage, la quête d’un idéal ne se fera pas sans désillusions.

LA BELLE JEUNESSE, de Jaime Rosales

Ils sont jeunes, ils sont beaux, ils sentent bon le chorizo. Natalia et Carlos commettent “l’erreur” de faire un enfant indésiré alors qu’elle vit toujours aux crochets de sa mère et peine à trouver un travail. Pour nourrir son bébé et son mec (qui lui, semble porté sur la procrastination), elle acceptera tous les boulots. Quitte à rejoindre l’eldorado européen : l’Allemagne.
Sans générique, sans enfilade de logos, sans filet, La Belle Jeunesse, de Jaime Rosales, débute de la façon la plus abrupte possible : sur un plan montrant Natalia en train d’examiner son test de grossesse positif, sur une présentation de l’environnement dans lequel elle vit, un appartement presque vétuste, austère, où elle vit avec sa mère, son jeune frère et sa toute petite soeur. C’est flou, c’est granuleux, c’est mal étalonné (ou pas étalonné du tout), c’est moche. Mais évidemment, si le film se pare des pires effets, c’est pour mieux illustrer son propos (d’où l’utilisation très judicieuse du 16 mm, de l’ellipse et du hors champ) : la peinture d’une certaine jeunesse espagnole désoeuvrée, qui se prend en pleine gueule une crise dont elle n’est pas responsable. Victimes collatérales d’une économie libérale les privant de tout espoir de vivotter, Natalia et Carlos incarnent le désespoir, le pessimisme et la résignation de toute une génération. Forcément, rien n’est joyeux là dedans, et surtout pas le plan final, jeté aussi violemment que celui qui ouvrait le film. Le silence dans la salle à l’issue de la projection sera peut-être l’un des plus tonitruants de ce festival.

VIE SAUVAGE, de Cédric Kahn

Un homme décide de ne pas rendre à son ancienne compagne leurs deux fils, dont elle a obtenu la garde après leur séparation. Ils réussiront tous les trois à vivre cachés, pendant… onze ans. Incroyable mais authentique : cette histoire est celle de Xavier Fortin, finalement retrouvé par la police en janvier 2009 après une cavale qui l’a obligé à rester caché dans des communautés, maisons abandonnées, caravanes et autres abris de fortune. Un mode de vie auquel le père de famille – surnommé Paco dans le film – a été accoutumé durant toute une existence de nomade, vouée au respect de la nature et au rejet de la “norme”. Mais a t-on le droit d’être marginal, de vivre d’amour, d’eau fraîche, avec femme, enfants, chèvres et lapins, quand on vit dans une société gangrenée par l’individualisme et la consommation à outrance ? C’est la question qui intéresse Cédric Kahn, loin du mélo familial que son film aurait pu être. Sans juger les actes du père, sans pour autant prendre le parti de la mère, le réalisateur adopte plutôt le point de vue des deux enfants insouciants, devenus des adolescents en plein doute. L’occasion pour lui de sillonner des paysages parmi les plus beaux de France, paradis pas encore perdus superbement mis en valeur par une caméra respectueuse des lieux, discrète et éthérée. On en profitera pour remercier Mathieu Kassovitz de n’avoir pas encore mis un terme à sa carrière d’acteur (une promesse qu’il tient depuis longtemps sans jamais, heureusement, la tenir). Dans Vie Sauvage, il est une fois de plus, magnifique.

A voir mercredi 22 octobre

14h : L’Institutrice / 10, 11, 12… Pougne le Hérisson (jeune public)
16h30 : Géronimo / The Tribe
19h : Le Temps de quelques jours (suivi d’une rencontre avec le réalisateur Nicolas Gayraud) / Reaching for the Moon
21h30 : Pride / Still the Water

 

Notre article précédent sur le festival : Résister, un verre à la main

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