[Festival de Gardanne] “Iranien” prix du public, “Marie Heurtin” prix kleenex

29/10/14 par  |  publié dans : Cinéma | Tags : , , , ,

 

Jour 12. C’est fini. Comme attendu, Iranien, de Mehran Tamadon, remporte le prix du public avec plusieurs longueurs d’avance sur les autres films en compétition. Un an après Les Jours Heureux de Gilles Perret, le public gardannais récompense à nouveau un documentaire. Iranien, qui était présenté ce 25 octobre en présence de son réalisateur, sortira dans les salles le 3 décembre. Ne le manquez pas.

Marie Heurtin : cris et chuchotements

marieheurtinNée sourde et aveugle, Marie Heurtin, 14 ans, est incapable de communiquer avec le reste du monde. Son père, modeste artisan, ne peut se résoudre à la faire interner dans un asile comme le lui conseille un médecin qui la juge « débile ». En désespoir de cause, il se rend à l’institut de Larnay, près de Poitiers, où des religieuses prennent en charge des jeunes filles sourdes. Malgré le scepticisme de la Mère supérieure, une jeune religieuse, Sœur Marguerite, se fait fort de s’occuper du « petit animal sauvage » qu’est Marie et de tout faire pour la sortir de sa nuit…

A vue d’oreille, une bonne dizaine de spectateurs dans la salle ont sorti les paquets de kleenex à la fin de Marie Heurtin, de Jean-Pierre Améris, qui faisait la clôture du festival mardi dernier. Tiré d’une histoire vraie survenue à la fin du 19ème siècle, le film, nimbé d’une photographie chaleureuse et d’un remarquable travail sur le son – chaque souffle, chaque bruissement de feuille berce l’image avec la délicatesse des gestes appliqués sur le visage de Marie Heurtin – n’est pourtant pas le plus lacrymal qu’il nous ait été donné de voir dans la programmation. Porté au contraire par l’optimisme du personnage incarné par Isabelle Carré, la fragile Soeur Marguerite, Marie Heurtin est un film lumineux, qui à aucun moment ne nous invite dans les ténèbres. C’est pourtant là que vit Marie, sourde et aveugle, devenue sauvageonne par la force des choses, cloitrée dans un silence et une obscurité dont même ses parents n’ont pu la sortir.

La beauté du monde, que le handicap soustrait à la vue de la jeune Marie, Améris nous la montre, nous la fait toucher, presque, grâce à de nombreux gros plans sublimant la nature – à perte de vue autour de l’institut où la jeune fille finit par se laisser apprivoiser. Le violon est omniprésent, comme dans tout drame qui se respecte, mais il jour ici des accords majeurs. Déjà dans C’est la Vie (tourné en 2001 dans la Maison de soins palliatifs de Gardanne), le personnage interprété par Jacques Dutronc incarnait ce fol espoir et cet humanisme sans limite qui faisait fi de tout effet mélodramatique : là où l’entourage du protagoniste voulait accompagner un mourant, la bénévole jouée par Sandrine Bonnaire savait accompagner un homme encore vivant. Tout est affaire de verre à moitié plein ou à moitié vide. Améris a une fois de plus fait le bon choix. Avec Marie Heurtin, à la fois biopic d’utilité publique, ode humaniste et vrai beau film de cinéma exécuté avec soin, le cinéaste balaie le fatalisme et offre à ses deux actrices principales des rôles précieux. Isabelle Carré (déjà dirigée par Améris dans Les Emotifs Anonymes) y est comme toujours, parfaite. La jeune Ariana Rivoire, comédienne non professionnelle, crève l’écran. Selon toute logique, elle devrait être la première actrice sourde à recevoir un César l’hiver prochain. On est prêt à parier nos cinq sens là dessus.

Sortie le 12 novembre.

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