[Festival de Gardanne] Voyage en Inde

25/10/14 par  |  publié dans : Cinéma | Tags : , , ,

Jour 8. On avait hâte : la traditionnelle soirée indienne est toujours très attendue, même si elle a connu de petits changements depuis quelques temps. Avant, dans feue la salle 1, on appréciait un bon Bollywood en famille, un repas à l’entracte (les Bollywood, ça dure plus de trois plombes) et des chansonnettes aux voix haut perchées qui persistaient des jours durant dans notre hémisphère cérébral gauche. Désormais, dans la salle 2, on se fait un double programme (des films d’une durée raisonnable, sans bling-bling et sans numéros chantés). La pause gastronomique, elle, est toujours là. Et elle est toujours appréciée. On félicite au passage les organisateurs du buffet indien, leurs plats cuisinés pour une salle entière, leur bienveillance vis à vis des végétariens qui ont droit à leur propre menu, leurs conseils culinairs avisés : “le piment, c’est très bon, bien meilleur que le poivre car plus facile à digérer. Et puis les médecins en Inde le prescrivent en médicament“. C’est quand même pas à Cannes qu’on serait à ce point aux petits soins pour les festivaliers (sauf à leur expliquer peut-être, que la langouste, c’est meilleur que le homard, surtout servie avec un Mouton Cadet blanc de 1992, parce que le 1994, c’est soooooo cheap).

[EDIT : Pour des raisons technico-procrastinatoires, notre critique du film “Kumbh Mela, sur les rives du fleuve sacré”, sera publiée ultérieurement. Pour les mêmes raisons, nous avons décidé de conserver “à la une” du sommaire, la photo tirée ce de film – et aussi parce qu’on la trouve très belle. Merci pour votre compréhension.]

 

Siddharth filmRajesh Tailang, acteur principal de Siddharth, à qui on donne le prix d’interprétation masculine de ce 26ème festival (ouais on est comme ça, nous. On donne des prix. On est des fous)

Recherche Siddharth désespérément

Chercher un enfant perdu en Inde, c’est un peu comme chercher une lentille perdue au fond d’un dal. Mais le père de Siddharth, Mahendra, garde espoir malgré l’évidence, et malgré cette vérité qu’inlassablement, on lui renvoie à la figure : le travail des enfants est illégal, et les petits ouvriers envoyés à l’usine sont des proies faciles pour les kidnappeurs. Mais Mahendra n’avait pas le choix, répète t-il à qui veut bien lui prêter une oreille attentive. Quand sa famille vit dans la misère, on ne fait pas grand cas des lois en vigueur, seules comptent la survie et les assiettes pleines.

Le chemin de croix que va s’infliger Mahendra est de repartir sur les traces de son enfant sans avoir une seule photo de lui – il est trop pauvre pour s’acheter un appareil, et pas assez perspicace pour réaliser que le seul téléphone portable de la famille (qu’on sort en cas d’urgence) aurait pu résoudre une partie du problème. Le choc des civilisations est brutal, entre cette vision d’un père obligé de dessiner le visage de son fils dans la terre pour ne pas l’oublier, et les spectateurs qui à l’issue de la projection, ne manqueront pas de twitter leur émotion à l’aide de leurs smartphones où s’entassent des centaines de clichés de leurs progénitures. Mais le réalisateur Richie Mehta ne cherche pas à verser dans l’étude de moeurs ni à emprunter le chemin du film socio-ethnologique, préférant celui du drame familial et de la souffrance intime. Pour toucher à l’universel ? Difficile à dire, l’Inde n’étant pas, loin s’en faut, un pays exemplaire en termes de droits de l’enfant (à ce titre, la réponse du chef de l’usine, au père venu lui demander de l’aide – “Vous avez perdu votre fils ? Rentrez chez vous et faites-en un autre!” – a beau faire sourire, elle est aussi d’une cruauté qu’on soupçonne répandue dans ces contrées). Au bout du chemin, le père, écrasé par l’immensité d’une ville filmée en contre-plongée et le confrontant à la démesure de sa quête, trouvera sinon la force de garder espoir, celle de préserver son bien le plus précieux : sa propre vie.

Au final, à l’aide d’une caméra portée à hauteur de personnage, on ne quitte jamais le protagoniste, on marche avec lui d’un bout à l’autre du pays, on partage sa peine et son angoisse, sa culpabilité et sa colère, une multitude d’émotions contenues sur le seul visage de Rajesh Tailang, acteur remarquable qu’on n’oubliera pas de sitôt.

Pour l’anecdote

Pendant le générique de début de Siddharth, on a remarqué au casting le nom d’Irfan Khan, un acteur indien qu’on a adoré dans Life of Pi et surtout dans The Lunchbox, découvert l’an dernier lors de la soirée indienne du 25ème festival. Vaille que vaille, on a eu beau ouvrir l’œil pendant le film, pas d’Irfan Khan en vue. Le générique de fin nous apprendra après 1h40 que le petit garçon interprétant Siddharth porte en fait le même nom que l’acteur. Espérons qu’il lui portera bonheur pour la suite de sa carrière.

A voir samedi 25 octobre

10h30 : A la Recherche de Vivian Maier / Le Temps de quelques jours (dernière projection)
12h30 : Tomboy / Tristesse Club
14h15 : Remise des prix du concours de nouvelles 2014, en partenariat avec la médiathèque de Gardanne.
15h15 : 10, 11, 12… Pougne le Hérisson (jeune public) / Geronimo
16h30 : Les Nuits d’été (en compétition) / Reaching for the Moon
18h30 : Iranien (en compétition, suivi d’une rencontre avec Mehran Tamadon) / The Tribe (dernière projection)
21h : Whiplash (en compétition) / Still the Water

 

Notre article précédent sur le festival : Le Jean Dupont du blockbuster

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