#PIFFF2014 : Alleluia / Shrew’s nest / R100

22/11/14 par  |  publié dans : Cinéma | Tags : , , , , ,

alleluiaUNE

Aujourd’hui, le Japon se paie la moitié de la programmation, avec deux films très différents, dont la dernière what-the-fuckerie en date de Hitoshi Matsumoto. On se souvient avec une perplexité intacte, sept ans après sa non-sortie, des “Nuisibles” de Dai Nipponjin. Encore une fois, avec R100, il défie toutes les lois du bon sens et du bon goût. En revanche, on a tenté de garder les yeux ouverts devant Avalon, de Mamoru Oshii (séance culte), mais on n’a pas réussi. Toutes nos confuses (mais ça ne va pas aller en s’arrangeant, on vous prévient).

Alleluia : L’hymne à l’amour

Le film de Fabrice Du Welz était celui qu’on attendait le plus, mais on n’était pas tout à fait certain que le chroniquer une seconde fois après sa présentation à Cannes soit très pertinent. Engy avait pourtant tout prévu: “Aussi décevant qu’intéressant, option jouissive sans supplément, il reste loin du chef d’œuvre qu’on attendait enfin – on se permet de le dire, Sabrina rectifiera à la fin de l’année” écrivait-elle alors. Bien vu – même s’il s’agit moins ici d’une rectification que d’un second avis. Le film, à sa sortie mercredi prochain, divisera quoi qu’il arrive.

On retiendra d’Alleluia sa violence attendue, son histoire d’amour portée par deux acteurs hallucinants (Laurent Lucas et Lola Dueñas), mais aussi son humour latent et le grain de son image, qui s’accorde à merveille aux visages et aux corps des personnages, approchés au plus prés. Très vite – lors de leur première rencontre – les deux futurs amants ne font qu’un. Les dialogues et plus tard, le comportement irrationnel de Gloria, ne suffisant pas à matérialiser à l’écran cet amour fusionnel et destructeur, les visages des deux acteurs se fondent dans des champs-contre champs d’une audace sans limite. La prise de risque est multiple : le choix de la pellicule 16 millimètres (confiée pour la première fois chez Du Welz non à Benoit Debie mais à Manu Dacosse, chef opérateur des Cattet/Forzani. Pas le dernier des tâcherons, donc), loin de l’image lisse, aseptisée et sécurisante de la vidéo. Le ton parfois grotesque. Le découpage au couteau des scènes de sexe et la tension en écho dans les traits de plus en plus crispés de Lola Duenas, témoin dans l’ombre des ébats de son amant avec des femmes qu’elle ne peut s’empêcher d’éliminer dans des accès de sauvagerie incontrôlable. Cet improbable passage chanté précédant un grand moment de souffrance (on a tous remué la cheville de concert. C’est certain). Cette immoralité à peine excusée par l’amour réel mais taré que se portent les deux amants… Rien n’est confortable dans Alleluia. Rien n’est beau, rien n’est propre. Mais tout est passionnant. Plus proche de Calvaire (le premier long-métrage de Du Welz) que de Vinyan, Alleluia apparaît toutefois avec évidence comme le dernier acte d’une trilogie (dont est exclu Colt 45, sorti cette année dans la douleur) consacrée au vide laissé par la disparition d’un être cher et comblé par la folie.

Shrew’s nest : JF partage appartement

Deux soeurs, dont une agoraphobe, recueillent chez elles un voisin blessé suite à une chute dans l’escalier de leur immeuble. Pas sûr que l’aînée des deux ait envie de lui rendre sa liberté…

Produit par Alex de la Iglesia et réalisé à quatre mains par Juanfer Andrés et Esteban Roel, Musareñas (le titre espagnol original. Pas de piège : cela se traduit bien par “Musaraignes”), Shrew’s Nest ne bouleverse pas les conventions d’un genre qui en Espagne, ne souffre que rarement les digressions. De facture très classique, cette tragédie familiale en huis-clos dans un appartement austère des années Franco, ne révolutionne pas grand chose mais assure le minimum exigé en ces temps de disette horrifique : quelques fulgurances sanguinolentes (dont on se serait bien passé), une ambiance paranoïaque, un tissu référentiel bien cousu (Misery de Stephen King pour le pauvre homme séquestré dont on saccage la jambe au moins une fois tous les quarts d’heure, la série Dexter -ne riez pas- pour les ridicules apparitions du père mort s’adressant à sa fille psychopathe), une actrice parfaite (Macarena Gomez, vue l’an dernier dans Les Sorcières de Zugarramurdi, de Alex de la Iglesia, tiens), un twist triste… C’est propre, carré, exécuté avec application et très honnête à défaut d’être renversant.


Shrew’s Nest (2014) – Theatrical Trailer par pifff

R100 : Mater dominarum

Le maître du cinéma japonais complètement con, Hitoshi Matsumoto, a cette année, les honneurs de la séance interdite. Dans R100, il jette un homme presque veuf (son épouse est dans le coma depuis des années) entre les griffes de maîtresses sado-maso employées par le mystérieux club “Bondage”. Les châtiments corporels (assez inédits…) finissent par “lasser” le bonhomme, qui tente la rupture de contrat avec le club. Mauvaise idée.

On a découvert Hitoshi Matsumoto en 2007 à Cannes avec Dai Nipponjin (son premier film), à l’époque où on n’écrivait pas très bien (la preuve ici), sorte de keiju eiga (film de monstres géants) barré et inclassable, entre le docu fiction et Bioman. R100 (selon le système de classification en vigueur : film interdit aux moins de 100 ans) n’est pas aussi foutraque et souffre du même manque de rythme que Dai Nipponjin. Mais il est tout de même assez débile pour s’assurer toute notre attention et nous arracher pas mal de rires sonores, anticipant la moindre réaction du spectateur lambda consterné grâce à un procédé très malin : montrer à l’écran le réalisateur centenaire fictif de R100 et un panel de distributeurs qui lorsque le film va trop loin, vont débriefer dans le couloir sur les incohérences du scénario. De notre côté, on se demande ce que les organisateurs du PIFFF cherchent à nous faire comprendre en programmant autant de films sur le sado-masochisme, mais on pensera à ne pas leur poser la question.


R100 (2013) – Theatrical Trailer par pifff
Lire notre “report” de la journée précédente en cliquant ici.

Partager :
  • Facebook
  • Twitter
  • Print
  • email

1 commentaire

    Quentin  | 22/11/14 à 13:03

  • Mortel !!!!!!! :D

Laisser un commentaire