#PIFFF2014 : Predestination / L’Homme qui voulait savoir / Tusk / Palmarès

25/11/14 par  |  publié dans : Cinéma | Tags : , , , , , ,

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“Spring”, prix du public. On l’a raté…

Ca devient une tradition chez nous : on loupe quasi systématiquement les films lauréats des grands prix, prix du public et autres palmes d’or lors des festivals qu’on couvre. Derniers exemples en date : Miss Zombie à Gérardmer (raté), Winter Sleep à Cannes (raté), et cette semaine au Paris International Fantastic Film Festival, Spring (raté). Lauréat du prix du public, le film de Justin Benson et Aaron Moorhead a été le dernier de la compétition projeté cette année, en présence de ses  réalisateurs (dans les couloirs du Gaumont Opéra, il se murmure d’ailleurs que ceci explique cela). Côté courts, Puzzle, de Rémy Rondeau, a séduit public et jury. Un plébiscite mérité pour cette petite oeuvre sensible évoquant Amour de Haneke et portée par Philippe Laudenbach, qui nous a serré le coeur sans dire un seul mot (un comble, pour ce comédien qui s’est lancé dans le doublage en 1996). Dans la compétition internationale, The Boy with a camera for a face, de Spencer Brown, repart lui aussi avec “l’œil d’or” du public. Plus attendu, mais pas moins intéressant.

En guise de bilan cette année, quelques petites frustrations : la salle parfois trop clairsemée pour laisser espérer une pérennisation à long terme de ce festival qu’on continuera de soutenir de toutes nos forces – tant qu’il nous en restera. La production horrifique et/ou fantastique visiblement assez pauvre cette année, au vu de la programmation ficelée vaille que vaille par un Fausto Fasulo qui s’en excuserait presque – malgré les découvertes renversantes qu’ont été The Duke of Burungdy, Wake in Fright ou Alleluia (prix du jury Ciné+ Frissons), entre autres réjouissances. Le manque d’invités, conséquence apparente d’un budget trop serré que la mairie de Paris n’a pas encore jugé utile de venir compléter, officialisant un mépris par trop répandu au delà des seules collectivités, vis à vis d’un cinéma “autre” qui s’il ne remplit pas les salles, fédère un public d’irréductibles. L’année prochaine, évidemment, on reviendra lever le poing entre deux projections et au lendemain de toutes les nuits blanches qu’à nouveau, on passera devant notre ordi. Pour la bonne cause. boycameraface

Courts-métrages : Puzzle et The Boy with a camera for a face

Quelques lignes s’imposent pour saluer le travail accompli par l’équipe du film Puzzle. Le réalisateur Rémy Rondeau y confronte un vieil homme à la solitude et au deuil, dans une maison désormais trop grande pour lui où un rituel triste et sans fin rythme son quotidien : le repas, le livre de mots croisés posés sur l’accoudoir d’un fauteuil, la musique classique qui tourne en boucle dans la chaine, le puzzle sur la table… A mesure que les pièces du jeu s’imbriquent, c’est l’image du vieil homme qui apparaît, et derrière lui à la fenêtre, une silhouette qui l’observe. L’ensemble est évidemment très poétique, si touchant qu’on regrette le jump scare venant abruptement (et inutilement) briser la quiétude de l’instant.

Tout est dans le titre : dans The Boy with a camera for a face, un enfant naît avec une caméra en guise de tête, filmant ainsi lui-même sa mise au monde, puis sa vie entière racontée en vers, par une voix off extérieure au récit. En quinze minutes, Spencer Brown transforme la fable en une critique sans concession de la société de l’image et de la télé réalité, faisant basculer son joli conte poétique dans un cauchemar qui ne déparerait pas dans la fabuleuse anthologie télévisée Black Mirror. Un gage de qualité.

Predestination : La machine à démonter le temps

Cinq ans après Daybreakers, les frères Peter et Michael Spierig retrouvent Ethan Hawke. Dans Predestination, ce dernier endosse le rôle d’un agent spécial qui traverse le temps pour mettre la main sur un terroriste -le seul qu’il n’ait jamais réussi à attraper- avant qu’il commette son crime le plus terrible. Bancal par manque de moyens, le film n’est pas exempt de défauts. Il n’est pas non plus dénué de charme. Si certaines idées laissent perplexes (pour se déplacer d’une date à l’autre, Hawke serre contre lui une espèce d’étui à violon et pouf ! disparaît de l’écran. Voila), le scénario se montre assez habile et blindé de chausse-trappes pour capter durablement l’attention. Difficile quand même d’éviter le mal de tronche entre deux twists et trois paradoxes temporels.

Se payant le luxe de filmer sans se presser, un assez long dialogue dans un bar entre les deux principaux personnages avant le démarrage du film à proprement parler, les frères Spierig démontrent une nouvelle fois leur habileté à pallier le manque de spectaculaire par des idées narratives implacables, réussissant à créer avec trois personnages et demi, un monde vertigineux dans lequel brille l’actrice Sarah Snook. Le film sortira en DVD à la fin de l’année.

L’Homme qui voulait savoir : Le film qu’on voulait connaître

Cette année, les organisateurs n’ont pas réussi à dénicher un film français (on rappelle qu’Alleluia est belge). Qu’à cela ne tienne : on programme l’étui à violon d’Ethan Hawke sur l’année 1988, et on en ramène une petite bombe franco-néerlandaise. Sortie de l’indifférence collective grâce à sa réhabilitation pifffoise dans le cadre des “séances cultes”, L’Homme qui voulait savoir, de Georges Sluizer, film vénéré par Stanley Kubrick qui le tenait pour l’un des plus effrayants de tous les temps, est effectivement effrayant. Car le tueur dépeint à l’écran ne l’est pas. Bon père de famille, mari attentionné, professeur de chimie dans un lycée, Raymond Lemorne cherche à ne plus l’être -morne- en imaginant de nouvelles expériences. Par exemple, enlever une vie humaine. Ou pourquoi pas deux.

Méticuleux au point de tester sur lui-même le chloroforme qui servira à endormir ses futures victimes, Raymond Lemorne, après quelques ratés permettant au film de ménager des moments d’humour noir bienvenus, finit par réussir son kidnapping sur une aire d’autoroute. Trois ans après la disparition de la jeune femme qu’il a enlevée, le compagnon de cette dernière la cherche toujours, jusqu’à médiatiser l’affaire. Ce qui a le don de réveiller les vieux démons de Raymond. Dans le rôle de cet homme affreusement normal, Bernard-Pierre Donnadieu impose une présence écrasante. Déjà passablement inaccueillantes, les aires d’autoroute risquent de ne plus voir passer de spectateurs du PIFFF avant un bon moment devant leurs machines à café.

Tusk : Children of the cornes

En clôture du PIFFF 2014, le dernier film de Kevin Smith, Tusk, est presque un événement. 20 ans après Clerks, son film le plus acclamé (et disons-le sans détour : son meilleur), le réalisateur officialise son désir d’incursion dans le cinéma d’horreur après le génial et glaçant Red State en 2011. Mais s’il verse généreusement dans le cauchemar absolu, Tusk est aussi une comédie souvent hilarante. Partant d’une émission de radio sur le web consacrée à un homme passionné d’animaux marins au point de chercher un colocataire acceptant de revêtir un costume de morse deux fois par jour, Tusk raconte la confrontation entre un jeune podcaster américain (Justin Long, toujours nickel) et un vieux loup de mer canadien (Michael Parks, toujours inquiétant). L’occasion pour Kevin Smith de surligner les différences culturelles entre les deux nations voisines, au détour de dialogues géniaux. Mais la déception, au final, emporte tout : le film multiplie les ruptures de tons jusqu’au déséquilibre. La comédie en sort victorieuse, au détriment de l’horreur pure, expédiée le temps de quelques séquences chirurgicales trop brèves. On aurait aimé que Smith prenne le temps de montrer les différentes étapes de la métamorphose de Wallace en “Walrus” (“Morse” en anglais. on aura évidemment noté la quasi-homonymie) tout comme on est frustré du manque d’interactions entre la victime et son bourreau, réduites à quelques pages de dialogues avant que la parole soit définitivement ôtée au malheureux podcaster.

Le mélange des genres est hasardeux, maladroitement dosé. Si on pense pouvoir imputer ces quelques scories au manque de budget (3 millions de dollars seulement), c’est finalement le seul reproche qu’on a envie de faire à Tusk, par ailleurs assez impressionnant pour qu’on y repense longtemps après, avec un dégoût intact. Côté casting, on notera la présence de l’ancien enfant prodige Haley Joel Osment (Sixième Sens, A.I…) qui tient désormais plus du chamallow humain que du garçonnet mignon, mais parfaitement à sa place dans l’univers geek de Kevin Smith. Dans le rôle du détective québécois Guy Lapointe, on retrouve Guy Lapointe. Soit LA star du film, qu’on vous invite à découvrir à l’écran vierge de tout spoil indélicat. Bon courage : Tusk sortira (en DVD uniquement. Quelle plaie) selon toute vraisemblance en mars 2015.

Lire notre “report” de la journée précédente en cliquant ici.

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1 commentaire

    Quentin  | 25/11/14 à 08:54

  • Génial !!!! Toujours au top envrak ! Et ce festival était mortel ;-)

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