A la découverte de… Steve Albini

01/03/07 par  |  publié dans : Musique | Tags :

Découvrez un métier souvent ignoré, et pourtant indispensable à tout bon album, celui de réalisateur artistique, à travers une de ses figures emblématiques !
Devinette : Quel est le point commun entre Pixies, Nirvana, Iggy & the Stooges, PJ Harvey, Blues Explosion, Mogwai ou encore Dionysos ?
Réponse : Ils ont tous travaillé avec Steve Albini lors de la réalisation d’un ou plusieurs de leurs albums.

Mais déjà je vois tressaillir votre sourcil gauche, votre gorge se noue, vos mains deviennent moites… Une question vous taraude, n’est ce pas ? “Qui est Steve Albini ?”

Commençons par le début alors. Steve Albini est ce qu’on appelle couramment en France un producteur. Or, une première précision s’impose : la véritable “appellation” de ce métier est en fait réalisateur artistique. L’amalgame est souvent fait car le terme anglais est producer, qui est généralement traduit par producteur. Or le statut de producteur est réservé à “la personne qui prend la responsabilité du premier enregistrement d’une séquence de son”… Vous me suivez ? En gros, le producteur est la personne qui signe avec les artistes un contrat d’enregistrement, et qui aura les droits d’exploitation de l’oeuvre enregistrée. Vous me suivez toujours ?!

Le métier de réalisateur artistique est nettement plus lié à l’enregistrement technique de l’album. C’est lui qui va diriger techniquement et artistiquement l’enregistrement d’un album.
Caché dans l’ombre de son studio, il doit sans cesse se renouveler, apporter de réelles innovations dans chacun de ses projets afin de ne pas manquer d’originalité et veiller ainsi à ce que le résultat sonore final corresponde parfaitement au style de ses auteurs. Tant au niveau scientifique et technologique (acoustique, psycho-acoustique, électronique…), qu’artistique (culture musicale, solfège, musicologie…), il doit toujours entretenir une connaissance très pointue dans de nombreux domaines.

Revenons donc à notre cher ami Steve (en photo ci-dessus). Américain de nationalité, musicien de formation, il fait partie du groupe de rock hardcore Big Black. Issu de la génération punk, Steve Albini est un des personnages les plus influents et les plus respectés du rock alternatif de la fin du XXe siècle. Son inventivité, son intransigeance, et sa technique du son l’ont amené à travailler pour de nombreux grands groupes de rock.
Il grandit dans le Montana et les activités musicales des autres adolescents lui apportèrent beaucoup d’inspiration dans ses travaux futurs. Il découvrit le punk-rock au travers des albums des Ramones, une des premières formation du mouvement punk. Après le lycée, il fut très actif dans un journal local de Boston et il commença à couvrir la nouvelle scène punk-rock. C’est à cette époque qu’il commença à enregistrer des groupes.
Il fit d’ailleurs partie de deux groupes (Big Black et Rapeman), avant de former Shellac, toujours en activité.
A travers ces formations, Steve Albini développa une musique assez agressive. Avec Big Black, le son des instruments et la voix marqua une rage destructrice à certains moments. La boîte à rythmes donnait une trame hypnotique et linéaire, tandis que la guitare délivrait un son très aigu et métallique, faisant beaucoup penser à une grande scie circulaire. Ensuite, avec Rapeman, il se lança dans le hardcore.
Les productions de Steve Albini sont marquées par cette jeunesse effectuée aux côtés du mouvement punk-rock. Estimant lui-même sa collaboration à plus de 1000 albums, il a travaillé avec énormément de groupes phares comme les Pixies, Nirvana, Iggy & the Stooges, PJ Harvey, Blues Explosion, Mogwai, The Breeders, Low… Il défend une position typique du mouvement hardcore, préférant travailler la créativité plutôt que la rentabilité. Il est connu comme ayant une capacité d’écoute exceptionnelle et il revendique un travail de réalisation consistant à amener ses compétences aux groupes qu’il produit sans influencer le contenu artistique de leurs œuvres.
Albini a l’habitude de n’utiliser que très peu d’effets, préférant enregistrer un son le plus brut possible. Beaucoup de ces productions sont ainsi marquées par un son assez violent de guitare, suivi de rythmes de batterie très compactes. Ce travail favorisant l’aspect de masse sonore n’est pas sans rappeler les réalisations de Phil Spector dans les années 60-70 et son fameux “mur du son”. Quant à la voix, Albini la préfère assez en retrait par rapport aux autres instruments (beaucoup moins mise en avant que dans les autres productions de rock).

Voici une liste non-exhaustive de ses différentes réalisations :
* Western Sous la Neige de Dionysos
* Pod des Breeders
* My Father My King de Mogwai
* Surfer Rosa des Pixies
* Rid of Me de PJ Harvey
* In Utero de Nirvana
* Kill The Fuse de uncommonmenfrommars
* Plug et Planet Of Tubes de Sloy
* Over The sun de Shannon Wright
* Times Of Grace de Neurosis
* Sovereign de Neurosis
* A Sun That Never Sets de Neurosis
* The Eye of Every Storm de Neurosis
* Arise Therefore de Palace Music
* Face Of Collapse des Dazzling Killmen
* Razorblade Suitcase de Bush
* Halogen de Whitehouse
* Just Fred de Fred Schneider
* Harshing my Mellow de Bewitched.
* Queen of the Meadow d’Elysian Fields
* The Power out de Electrelane
* Pure de Jesus Lizard
* Indéfendable de Dickybird
* Sex is Accident de Lust
* Strike de Les Thugs

Si vous avez dans votre discothèque un de ces albums, je vous invite vivement à le ré-écouter en prêtant attention à la réalisation et à relever par vous même les aspects sonores caractéristiques des travaux de Steve Albini.

Mais hélas, notre voyage touche déjà à sa fin et j’espère vous avoir éclairé sur l’importance du travail d’un réalisateur artistique (allez je vous laisse dire producteur si vous préférez ;) ).

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6 commentaires

    Camiiille  | 01/03/07 à 22:05

  • moi je dis : merci monsieur ;)

  • rom1  | 01/03/07 à 23:14

  • merci mam’zelle ! :)

  • onomatt  | 02/03/07 à 11:35

  • Par rapport à In Utero, de Nirvana, je crois que sur la version finale, certains morceaux ont été réenregistrés par un autre producteur… ceux d’Albini ayant été jugés trop “crades” par la maison de disque de Nirvana. Sais-tu si on peut écouter les morceaux mixés par Albini et non disponibles sur l’album quelque part ?

    Très bon article ;-)

  • Sawa  | 03/03/07 à 00:31

  • Bel article. Je suis pas fan des réalisations d’Albini mais je trouve tres louable d’avoir fait un article sur ce métier.
    Plus ça va et plus je réalise l’importance de la production. Avec les travaux de Nigel Goldrich, Gonzales, ou Mark Bell, qui prennent une tres grande importance dans les albums qu’ils produisent. (ça me dérange pas de dire producteur parce que ça a ce sens là pour moi )
    Merki !!!

  • rom1  | 05/03/07 à 00:37

  • onomatt > J’ai entendu dire qu’il y avait eu de forts conflits entre les membres du groupe, Steve Albini et leur maison de disques Geffen à propos des enregistrements de In Utero. Mais je n’ai rien trouver concernant d’éventuels ré-enregistrements.
    Si tu as des infos, n’hésites pas ;)

    Sawa > Merci ! Et je te rejoins sur Nigel Godrich. D’ailleurs, qui sait ? Peut être un futur article sur cet étrange personnage… ;)

  • Shellac – A Minute | stcoped  | 30/05/12 à 00:31

  • […] Je ne sais plus où j’avais pu lire Steve Albini décrire son son de guitare comme ‘un bloc de glace coupé à la tronçonneuse‘. […]

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