KATA

11/06/19 par  |  publié dans : A la une, Danse, Scènes | Tags : , , ,

Le hip hop extrême-oriental d’Anne Nguyen au Merlan

Kata

Anne Nguyen est une figure reconnue du hip hop, notamment en Provence où elle est régulièrement invitée depuis son solo “Racine carrée”. Fondatrice en 2007 de la « Compagnie Par Terre », elle est danseuse et chorégraphe, mais également critique de danse.

Kata

C’est une pionnière du hip hop « au féminin », pas nécessairement d’un féminisme intégriste, juste un contrechamp de celui d’hier où « Les filles ne sont pas bonnes pour tourner sur la tête », leur rôle consistant uniquement à faire joli, et applaudir leur champion. Bien sûr Il y a eu Antony Egéa, “amoureux des filles” qu’il a poussé au milieu du cercle, créant un style à part, puis métissant ses chorégraphies avec la danse classique, puis évoluant vers la danse contemporaine. Aujourd’hui, même très minoritaires, les « filles » se suffisent à elle mêmes, elles n’ont plus rien à envier aux hip-hopeurs « historiques ». Comme chez les “garçons”, il y a eu des battles au féminin.

Kata

Racine Carrée

après un solo, « Racine Carrée », un duo féminin, « Yonder Woman », un octuor, « Promenade Obligatoire », pièce mixte, un quatuor de filles, “Autarcie” , passage obligé vers l’égalité, elle abandonne la parité dans “Kata”. A la question “pourquoi une seule fille pour 7 garçons” elle répond qu’il y avait plusieurs filles au casting, qu’elle a retenu les meilleurs techniquement, indépendamment de leur sexe. Ça aurait pu aussi bien être l”inverse si…

Kata

C’est techniquement impeccable, d’une rigueur quasi mathématique. Certes un peu aride au départ mais très élaboré, très complexe, rigoureusement écrit, comme une performance au plus haut niveau, impressionnante. On pense à la danse des Apsaras aux gestes millimétrés, à la rigueur de Preljocaj. Ça commence comme une marche sans fin. Peu à peu l’art martial s’installe, métissant le hip hop. Entre battle solitaire et kata d’aïkido ou de Viet Vo Dao , les protagonistes s’affrontent directement.

Kata

Hiératique, l’impassibilité est de rigueur, mais bientôt l’humour pointe, une parodie subtile, un décalage inattendu, un sourire complice, le public rit. Ce hip hop décalé évolue loin de ses formes originelles, il explore des terres nouvelles mais ne renie pas ses origines. Ni celle de la danse, ni celle de l’Orient que la chorégraphe porte en elle.

Anne Nguyen a été trois ans résidente au Centre National de la Danse, un tremplin parfaitement mérité. Elle ouvre une large brèche dans un univers de “mâles dominants”.

A voir et à revoir.

Jean Barak

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