Le “Coup de Grâce” de Michel Kelemenis au Pavillon Noir

03/12/19 par  |  publié dans : A la une, Danse, Scènes | Tags : , , ,

L’année dernière, quasiment jour pour jour, Michel Kelemenis créait «La Barbe Bleue», au «G.T.P.», Grand Théâtre de Provence. Son propos soulignait que contrairement aux apparences, l’homme est faible et la femme puissante, elle le mène par le bout du nez, le bout du cœur, ou le bout de ce que vous voulez. Ce n’est peut-être pas totalement faux, il y a débat, depuis au bas mot vingt et quelques siècles.

Question de sémantique: qu’est-ce que le pouvoir?

Qu’est-ce que la puissance?

Le propos n’est pas aussi léger qu’il y paraît, du moins jusqu’aux informations de la nuit.

Pendant que les artistes dansaient, que le public y trouvait son miel, au même moment, les crétins de Dieu frappaient comme jamais notre pays, au cœur de l’antre du Diable : là où on écoute de la musique, là où on boit un pot en terrasse, là où on joue au football. Ce n’était pas la première fois, on n’en finissait pas de pleurer nos humoristes, même ceux qui trouvaient que Charlie Hebdo se complaisait dans le pipi caca et ne l’achetaient pas.

On oublie volontiers que les pays d’Afrique, du Nord et maintenant du Centre, ont payé un tribut mille fois pire aux ténèbres de la pensée, avec des atrocités dont nous vous épargnerons le récit.

Le pouvoir absolu, c’est celui de nuire. Georges Orwell écrivait déjà en 1944 «La raison du pouvoir c’est le pouvoir, la raison de la torture, c’est la torture». Tuer au nom de Dieu, c’est être Dieu. La pire chose qui puisse arriver aux crétins de Dieu, c’est d’être tué par une femme, la honte suprême et l’enfer assuré : seules les combattantes kurdes frappaient les tueurs de la Terreur Sacrée, avant que les nations reconnaissantes ne les trahissent.

 

Comment continuer de danser après le Bataclan ?

En écrivant « Le coup de grâce », Michel Kelemenis tente d’intéger l’horreur en la symbolisant. Ce que les benêts nomment la résilience, à tort et à travers, c’est la tentative d’écrire encore de la poésie après Auschwitz, de vivre encore et malgré tout dans ce monde barbare, en n’y faisant pas allégeance. L’esprit des lumières, luciole brillant encore dans les pires ténèbres, apparu dans notre beau pays qui fut longtemps celui des Droits humains.

Le « Coup de Grâce » est un coup en pleine gueule, on danse, ils nous tuent, on meurt, ceux qui survivent meurent chaque heure de mille morts. Un mambo dégénère en danse macabre.

Peu nombreux sont ceux qui ont vu il y a vingt ans -et deux de plus- au Théâtre des Salins de Martigues, « Paysage après la bataille » d’Angelin Preljocaj. On ne peut qu’y penser, tant des ressemblances y sont lisibles, personne ne crée ex nihilo.

Ce « Coup de Grâce » est probablement la pièce la plus forte de Michel Kelemenis, où le fond égale la forme. Il est destiné à être donné encore et encore, comme la roue infernale de la force spirituelle la plus puissante de tous les temps : la connerie meurtrière.

Poignant et nécessaire.

Jean Barak

Partager :
  • Facebook
  • Twitter
  • Print
  • email

Laisser un commentaire