Les Mille Batailles de Louise Lecavalier

02/04/18 par  |  publié dans : A la une, Danse, Scènes | Tags : , , ,

Louise Lecavalier

On l’a vue il y a près de vingt ans égérie d’Edouard Lock, chorégraphe de La La La Human Step, au théâtre des Salins de Martigues. Elle dansera pour cette compagnie pendant dix huit ans. La danse de Lock était d’une violence folle, poussant les danseuses à la limite de la dislocation, elle laissera dans ces estrapades une articulation de la hanche. La danse à ce niveau là est tout sauf anodine, elle ne pourra plus danser pour Lock dont les chorégraphies sont gravement traumatisantes. Après l’opération elle fonde sa propre compagnie, « Fou Glorieux » pour laquelle elle créera quatre pièces : « Non, non, non, je ne suis pas Mary Poppins », « You and Me », « So Blue » et Mille Batailles ». Quand on est à ce niveau d’expression artistique, on ne peut plus raccrocher les chaussons. Dorénavant cheveux courts, Louise Lecavalier est la version féminine quasi jumelle de David Bowie avec qui elle a dansé en 88 et 90, à la demande de ce dernier, « Je n’oublierai jamais » dit-elle.

Durer

La règle veut qu’un danseur ou une danseuse soit « vieux » à trente cinq ans et se reconvertisse. Née en 1958 à Laval, au Canada, Louise Lecavallier fait mentir l’adage. On a également vu au Théâtre  Toursky à Marseille Carolyn Carlson tenir seule la scène à soixante ans passé, avec « Writings on the water », sublime.

Bien sûr, le corps vieillit, les « performances » ne sont plus les mêmes, mais la présence s’épaissit encore, dorénavant d’une intensité inégalée.

Tarentule

On se souvient du solo « So Blue » au même théâtre de l’Olivier, d’une incroyable virtuosité, de sa vitesse d’exécution telle qu’on eut pu la croire sous acide. Dans « Mille Batailles » inspiré du roman philosophique d’Italo Calvino, « Le chevalier inexistant », Louise Lecavalier se lance à corps perdu dans un solo effréné. Comme en proie à ses démons ou à une myriade de tarentules, dans une course folle ou une danse de saint-Guy à la limite du possible, elle est électrisée par le compositeur Antoine Berthiaume, qui joue en direct à côté de la scène.

Puis elle est rejointe par Robert Abubo qui tente de la suivre, ou de la maîtriser, vainement, alors il la porte, farouche et rétive, jusqu’à l’apaisement final que procure, provisoirement, l’épuisement.

C’est une pièce d’une grande aridité, d’une maîtrise et d’une virtuosité extraordinaire, réservée à ceux qui ont acquis les codes de cet art qui ne se laisse pas apprivoiser sans quelques efforts.

Un grand moment de danse, acclamé par le public.

Jean Barak

 

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