Malandain à l’Olivier

15/11/17 par  |  publié dans : A la une, Danse, Scènes | Tags : , , , , ,

« Noé », l’Arche d’Alliance de Thierry Malandain, chorégraphe du Ballet de Biarritz, aborde à L’Olivier

Noé est créé à partir d’une messe de gloire de Gioachino Rossini pour ses vingt deux danseurs, dont une bonne moitié de danseuses. (Mais nous ne sacrifierons pas au ridicule d’écrire danseur.euse.s, la langue ne vit pas dans les académies, elle s’y stérilise.)
Le style de thierry Malandain est le chaînon manquant entre les grands ballets classiques du répertoire et la danse contemporaine. Il utilise le vocabulaire classique pour créer des œuvres nouvelles, ce qui peut le classer dans la catégorie des néo-classiques, appellation revendiquée, récusée ou honnie selon qui accepte ou refuse les catégories. Quoiqu’il en soit, le flamenco n’est pas le tango qui n’est pas la salsa ou la java qui s’en va quand le jazz est là.

Classiques

Les danseurs (dont une bonne moitié de danseuses) du Centre Chorégraphique National d’Aquitaine en Pyrénées-Atlantiques au-dessous de la ligne de démarcation en zone-sud, on sait, ça plombe le texte, Biarritz c’est plus simple, les danseuses et danseurs donc, ont une solide formation classique et des profils idoines. Quoique, l’une des premières danseuses n’a pas la taille jadis réglementaire, ce dont on ne se plaindra pas puisqu’elle est magnifique.

Public

Le public de la danse est multiple, certains ne jurent que par la non danse. Ce soir-là, celui-ci aime la danse qui danse et la beauté, l’excellence de la forme, l’esthétique des mouvements et des tableaux. Il aime que le ballet ait un corps, qu’il soit sensuel et désirant, fut-ce dans l’illustration -certes métaphorique- de l’acte de chair. Ils sont revêtus pour le final de justaucorps couleur peau qui révèlent les corps, Olivier Dubois ou Wim Vandekeybus eussent eu plus d’audaces, mais ce n’est pas obligé.

 

Déluge

Le déluge punit les hommes de leurs turpitudes, seul Noé est sauvé pour sa mission de repeuplement, avec les éléphants et les cafards, les gazelles et les rats, les colombes et les scorpions, et ainsi de suites, deux par deux selon leur genre. On l’aura compris, Dieu aime ce qui est rigoureusement genré. Nul ne peut contester que le corps du ballet le soit, nécessairement pêcheur et divin. Le Nouveau Monde engendré étant meilleur que celui qui a été détruit, aux vues de celui-là, on n’ose imaginer ce qui a précédé ces mille ans de calme, au demeurant tous relatifs. Alors, de la beauté avant toute chose, une musique sublime, une danse raffinée, ciselée au couteau, remarquablement écrite et superbement interprété, des portés majestueux, des ensembles parfaits, parcourue d’audaces que n’aurait pas renié Maurice Béjart, que demande le peuple ? Le public adore et en redemande.
A voir et à revoir avec des yeux d’enfant.

Jean Barak

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