“Tropismes”

20/01/20 par  |  publié dans : A la une, Danse, Scènes | Tags : , ,

Le Boléro de Dubois au Klap de Michel Kelemenis

On l’a vu danser chez Angelin Preljocaj, Jan Fabre, Dominique Boivin, Sasha Waltz, et même au cirque du soleil. Il a dirigé le Ballet du Nord. Il a dynamité les codes, outré les prudes et les extrémistes -de droite comme on s’en doute- avec “Tragédie”, dont quelques élus raz du front ont demandé l’interdiction, pour cause de zigounettes et de pilou pilou.

Tropismes

Nous sommes dans une rave party, vous avez fumé toute la moquette, vous foncez à 200km heure au ralenti, à une image par seconde. Mais les danseurs ne s’en rendent pas compte, ils sont ailleurs. Aux platines, sur scène, un jockey dompte des disques qui restituent le bruit des planètes et de l’univers, progressivement amplifiés jusqu’à l’infarctus auditif.

Dans le même mouvement, l’obscure clarté qui tombe des cintres cède lentement la place à une lumière violemment contrastée, qui découpe l’espace et les corps.

Le ralenti ne trompe pas les amateurs éclairés de danse contemporaine, quoiqu’il y paraisse, ils dansent.

 

Ils se tournent autour, se frôlent, se caressent, des couples éphémères se font et se défont au rythme de plus en plus rapide des pulsations planétaires. La violence est là, sourde, intérieure, puis elle explose, comme dans tout rapport humain qui respecte la loi de l’espèce.

Ils finiront en transe, le public aussi, qui applaudit à tout rompre l’incroyable performance des danseuses et des danseurs.

Les esprits chagrins objecteront qu’on a vu “Bliss”, le clubbing d’Anthony Egéa et plus récemment “Crowd”, la danse sous neurotoxiques de Gisèle Vienne, à la lenteur proche de l’immobilité absolue, les deux au Théâtre des Salins, conçus selon le même principe de la spirale ascendante. Une phrase infernale répétée en boucle, qui monte en puissance, progressivement, obsessionnelle jusqu’au vertige. Mais là, c’est le Boléro de Dubois. Et ça ne ressemble ni à  celui de Ravel, ni à ceux des autres. 

Olivier Dubois dérange, comme danseur d’abord, atypique et virtuose, comme chorégraphe ensuite, provocateur et iconoclaste. Et c’est tant mieux.

Jean Barak

 

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