Un “Voyage d’Hiver” d’Angelin Preljocaj

10/10/19 par  |  publié dans : A la une, Danse, Scènes | Tags : , , , , ,

Le lieder de Franz Schubert “Winterreise” inspiré d’un poème romantique de Wilhelm Müller devient un ballet furieusement néo-classique d’Angelin Preljocaj

Winterreise

Avec cinquante deux pièces, Angelin Preljocaj a moissonné toutes les récompenses possibles et imaginables du monde de la danse, collaboré avec nombre d’artistes du monde de la musique, des arts plastiques, de la mode, du dessin et de la littérature. Il est sollicité par l’Opéra de Paris, La Scala de Milan, et le New-York City Ballet pour des créations dédiées. Installé depuis 2006 au Pavillon Noir, oeuvre de Rudy Ricciotti, Centre Chorégraphique National, le Ballet compte vingt-quatre danseurs permanents, dont une bonne moitié de danseuses. Et toute une équipe d’administrateurs et de techniciens. (Dont un bon nombre etc.)

Voyage d’Hiver

Ce “Voyage” est l’un des lieder de Franz Schubert, inspiré du poème de Wilhelm Müller, chanté en bord de scène par Thomas Tadzi, accompagné au piano-forte par James Vaughan. Un homme éconduit par sa bien aimée pleure sa blessure inguérissable. Un remède à la mélancolie pour cœurs brisés inconsolables où une occasion de laisser libre cours à sa propre plainte.

Angelin Preljocaj avait abordé quasiment tous les styles, du plus néoclassique au plus aride en passant par la réinterprétation des grands classiques, le romantisme autrichien complète le tableau. Il charge chacun et chacune d’incarner le voyageur solitaire, qui chante longuement la jouissance de sa souffrance, invoquant la mort qu’il appelle tout en en étant le spectateur affligé. Comme les adolescents se délectent dans leur rêveries de voir combien leur parents pleurent leur disparition, punis de ne les avoir jamais ni compris ni aimés à leur juste valeur. Inévitablement, Angelin Preljocaj se cite, on retrouve dans “Winterreise” toutes les figures de style -le “vocabulaire”- qui jalonnent chacune de ses pièces, il y a largement matière à. Comment pourrait-il en être autrement? La gravité du sujet se teinte parfois d’une pointe d’humour, comme dans le “Lied Ballet” de Thomas Lebrun: la lente traversée de la scène de l’homme, harassé par le poids de sa peine, courbé jusqu’à laisser traîner ses mains sur le sol.

Pour ceux qui découvrent la danse, jeunes spectateurs ou néophytes, c’est toute l’oeuvre d’une vie qui se déroule devant eux. Pour les habitués, la richesse et la précision de la danse impressionnent, chaque geste, chaque déplacement est calculé et écrit au millimètre dans l’espace, multiplié par douze interprètes. Du cousu main. Point n’est besoin d’adorer l’opéra et le romantisme du dix-neuvième siècle pour y trouver son miel, mais assurément, ça aide.

Un tel niveau de perfection nuit parfois à l’émotion, mais c’est la pièce numéro 52, elle s’inscrit nécessairement comme une nouvelle étape dans un parcours prestigieux.

Inutile de se précipiter, la pièce se joue à guichet fermé, le public l’a plébiscité, qui applaudit à tout rompre. Mais elle devrait revenir ici ou là.

Jean Barak

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