Les rencontres internationales de la photographie d’Arles 2016, la suite

27/08/16 par  |  publié dans : Arts, Expos | Tags : , , , , , ,

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Tendances

Ceux qui ont pris le temps de parcourir l’ensemble des expositions d’Arles ont pu identifier plusieurs axes de réflexions : intra muros, très orienté photographie de photographes à quelques exceptions près, et le parc des ateliers de LUMA Arles, plus orienté vers les plasticiens, mais pas seulement. Ces axes se recoupent avec ceux de « la tradition », la tendance ou la mode, voire la posture. L’Afrique la photographie de rue et la photographie « humaniste » sont des thèmes récurrents, également vastes et diversifiés.

 

Tour Luma Arles

Espace

On a pu craindre un temps que le parc des ateliers soient rasés pour en faire un centre ultra moderne, les nostalgiques regretteront l’aspect friche à l’abandon qui donnait un cachet tout particulier aux expositions, mais la restauration a été suffisamment respectueuse pour qu’on en accepte les avantages. La température n’y est plus étouffante, le site pourra être utilisé toute l’année, la tour qui commence à prendre sa forme étrange est tout sauf banale. A terme, la fondation LUMA d’Arles sera un centre culturel permanent de très haut niveau, c’est son ambition.

 

Rencontres photographiques d'Arles 2016

Au bonheur des dentistes

Même si certains partis pris paraissent plus que discutables, rappelons nous aussi souvent que possible que toute forme de censure stérilise l’art, et que l’éclectisme ne suppose pas qu’on doive tout aimer ou apprécier, ni même ce commentaire. Ainsi le parti pris de faire de la photo de dentisterie une œuvre d’art évoque les curiosités gynécologiques avec spéculum d’il y a quelques années au Festival de la photographie de nu d’Arles, on regrettera juste l’expansion étonnante de l’espace stomatologique au détriment du regard sensible de Zanele Muholi « Salut à toi lionne noire », « Somnyama Ngonyama » en zoulou, dont les autoportraits et le travail engagé forcent le respect et l’admiration.

 

Rencontres photographiques d'Arles 2016

 

De même pour les nus et portraits pudiques de Collier Schorr et Anne Collier. On se consolera en pensant comme l’ecclésiaste que le bien ne saurait exister sans le mal, ni la beauté sans la trivialité. Ainsi les installations vidéos peuvent être l’occasion de suivre les tribulations d’un mégot jeté dans la rue ou la projection extraordinaire de William Kentridge, avec la présence de la belle danseuse et chorégraphe Dada Masilo, une autre sud-africaine engagée dans tous les combats contre les discriminations. On y va à reculons, mais la procession d’une danse macabre sur plusieurs écrans de quarante mètre de large, de dessins, films et photographies animés menés par une fanfare, ça démontre qu’avec le même concept, on peut atteindre l’universel ou le caniveau. Question de profondeur et de point de vue. Les modes se démodent, l’art traverse le temps et les techniques. On notera au passage de ce défilé du cours de l’histoire que, si elle a un sens, contrairement au vieux rêve humaniste, elle va de gauche à droite et elle tourne en rond.

 

Rencontres photographiques d'Arles 2016

 

Le labyrinthe de la mémoire

L’hommage à hara kiri -dont on a pu regretter le côté potache et scatologique tout en enviant la liberté de ton et l’absence de tabous- prend un tout autre sens depuis l’assassinat de ses dessinateurs, à Charlie Hebdo. Avec le recul et l’irruption de l’horreur, leur impertinence, leur goût immodéré du blasphème et leurs attaques de la bien-pensance nous ont appris que leur combat était juste, et que le havre de paix et de sécurité dans lequel nous vivions était une exception, voire une illusion. On rit, mais triste.

 

Rencontres photographiques d'Arles 2016

 

Rencontres photographiques d'Arles 2016

 

Vous aurez auparavant traversé la photographie de rue de Garry Winogrand et Ethan Levitas sur ses traces, encore, mais on ne s’en lasse pas. La survie des handicapés en Afrique par Nader Adem et les photos sensibles de Stéphanie Kiwit en Roumanie.

 

Rencontres photographiques d'Arles 2016

Nader Adem

 

En repartant, arrêtez vous au Musée d’Arles Antique pour suivre Joao Pina sur les traces de l’opération Condor, l’entreprise méthodique d’installation de dictatures sanglantes et féroces dans toute l’Amérique Latine par notre alliée, la belle démocratie nord-américaine. Les plaies sont encore béantes et les souffrances à vif.

 

Rencontres photographiques d'Arles 2016

 

Juste au dessus, un travail d’archives sur la construction et l’installation de la statue de la liberté mérite le détour, comme on dit dans les guides. Ci dessous la liberté envahie par les migrants, rien de nouveau sous le soleil.

Rencontres photographiques d'Arles 2016

 

Le syndrome de l’urinoir

Si l’œuvre d’art est créée par le regard du spectateur comme le prétendait Duchamp, ce qui vous apparaît comme vain stérile ou inutile ne renvoie peut-être qu’à votre pauvreté idéative, la postérité fera la différence entre les créateurs de génie et ceux qui croient qu’il suffit de signer une cuvette et de l’exposer pour être Marcel Duchamp, sans apprendre la peinture. C’est la version laïque de « Dieu reconnaîtra les siens », mais avec « gardez les tous ».
On aura également pu éprouver qu’en se photographiant soi même on peut juste faire joli, mais c’est déjà ça, ou atteindre l’universel, comme Sarah Waiswa qui met en scène la difficulté d’être noir et albinos, ou encore Zanele Muholi qui décline toutes les figures de l’africanité au féminin.

 

Rencontres photographiques d'Arles 2016

Sarah Waiswa
« Comment tout cela se mesure-t-il ? » avait demandé Romain Roland à Einstein, il lui a répondu « Tout cela ne se mesure pas ». L’effet de l’accumulation des démarches et de leur diversité permet de déployer le vaste panorama de la photographie, photos d’archives, photos d’enquête, photographie de rue, humaniste, témoignages, détournements plasticiens, animations, libre a chacun d’y trouver son miel ou son inspiration, la confirmation de ses engagements ou de son dégagement. Artistes engagés, artistes dégagés, leçons de photographie et d’histoire, leçon d’humilité, les rencontres d’Arles n’ont pas fini de nous inspirer.

 

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