Orlan : 10 cm de souffrance

17/10/09 par  |  publié dans : Artistes, Arts | Tags : , ,

Les talons ça fait mal. Ça fait des ampoules et puis au bout de trente minutes on peut plus danser. Ça se casse et ça se coince entre les pavés. C’est la dictature des centimètres, des cours de récréation du lycée aux podiums les plus admirés.
De la silhouette maigrichonne de Kate Moss aux formes généreuses de la Vénus de Willendorf, la transition est difficile ; pourtant le canon de beauté a toujours existé, même s’il a subi de nombreuses transformations.

Refusant de s’assujettir aux critères traditionnels, aux normes édictant des seins comme des ballons de baudruches ou préconisant de se percher sur 10 cm de souffrance ; Orlan défie les archétypes féminins, interroge les icônes occidentales.

Née en 1947 à Saint Étienne, elle fait son entrée dans le monde de l’art en 1964 grâce à des premières performances. Photographie, vidéo, multimédia, sculpture ; Orlan est une véritable touche à tout. 1967: elle pose habillée auprès d’hommes nus dans sa reproduction du « Déjeuner sur l’herbe ». 1968: elle se dénude et s’apparente à l’Odalisque d’Ingres. Elle signe « tableaux vivants », ces imitations des grandes peintures de l’histoire de l’art.
Son corps investit l’œuvre, prend la forme de différents sujets féminins. Orlan s’incarne et se désincarne, interrogeant ainsi sur la notion d’identité.

Décidant d’aller plus loin qu’une simple mise en scène, Orlan accomplit l’inimaginable, provoquant un séisme médiatique. Maintenant, l’œuvre, c’est elle ! Pas de palette, pas de pinceau. Dixit son « manifeste de l’art charnel », son « corps de femme-artiste » devient le « matériau privilégié » de son œuvre. Si le simple bruit de la fraiseuse chez le dentiste provoque chez vous de l’urticaire, Orlan n’a pas peur du bistouri.

De 1990 à 1993, elle subit neuf opérations, regroupées sous le nom de « la Réincarnation de Sainte Orlan ». Elle fournit à son chirurgien comme feuille de route un autoportrait numérique. Pour le concocter, Orlan pioche dans les grands standards féminins de la culture occidentale, comme on choisit ses cuissardes dans le dernier Cosmo. Après tout, la beauté est à la carte. Aujourd’hui elle souhaite le front de la Joconde, demain ce sera le menton de Diane.
Nez, pommettes, lèvres, rien n’est laissé au hasard. Cheveux, lunettes, accessoires, Orlan construit à chaque fois un nouveau personnage, sans craindre l’excès.

Dans ce grand théâtre Orlanesque, Madame se donne tous les rôles. Si elle ne passe pas derrière la caméra, elle favorise cependant l’anesthésie locale pour diriger ses troupes et influencer le montage vidéo. Passer sur le billard ne suffit pas, il faut de surcroît que toute la planète puisse admirer ce spectacle.
Puisque c’est dans la salle d’opération qu’a lieu l’action, des retransmissions audiovisuelles sont orchestrées, relayées notamment au centre Pompidou.

Tel un metteur en scène, Orlan choisit son décor ; c’en est fini des murs blancs immaculés, symboles de propreté. Elle leur préfère une ambiance trash et décalée, affichant par exemple divers symboles ecclésiastiques reflétant les pressions religieuses. Il ne s’agit pas d’une opération, il s’agit d’une intervention artistique, le décor en est un élément.

Après avoir atteint ses limites physiques et mettant en jeu sa vie, Orlan explore une autre partie de son être et de la conscience collective de la femme orientale cette fois ci, à travers des réalisations numériques.

Face à un message fort, à la portée universelle, Jimmy Choo n’a qu’à bien se tenir… Les étales d’H&M risquent de rester désespérément pleines.
Son site : http://www.orlan.net

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