Sylvia Kristel (1952 – 2012)

18/10/12 par  |  publié dans : Cinéma | Tags : ,

Emmanuelle a cassé sa pipe

Sylvia Kristel avait un QI de 165, un vrai don de peintre, un désir vain de réussir sa carrière d’actrice. Mais tout le monde s’en branle. Car ce que le monde retiendra de l’actrice néerlandaise, c’est le rôle qui a fait d’elle une star éphémère, une icône de l’érotisme cheap et chic, une figure presque féministe (on a bien dit “presque”) du cinéma français des années 70, époque où l’industrie du fauteuil en rotin battait de l’aile avant de brusquement connaître une spectaculaire érection.

Nos pères ont fait la queue devant Emmanuelle – comme nos mères aujourd’hui devant Fifty Shades of Grey. Il fallait se lever tôt, quand le film de Just Jaeckin est sorti en 1974, pour acheter son ticket de cinéma. Sur les Champs-Elysées, les seins de Sylvia sont restés 8 ans à l’affiche. 50 millions de spectateurs (dans le monde) les ont matés sur grand écran. Un record. On mesure aujourd’hui la popularité discrète de Sylvia Kristel, au nombre de personnes capables de l’identifier comme “l’actrice d’Emmanuelle” sans jamais avoir vu la moindre image du film. Tristement ironique, quand on sait – pour avoir jeté un oeil curieux à sa filmographie – que Kristel a tourné dans près de 60 longs-métrages, sous la direction notamment de Claude Chabrol (Alice ou la Dernière Fugue), Alain Robbe-Grillet (Le Jeu avec le Feu), Francis Girod (René la Canne) ou encore Jean-Pierre Mocky (Un Linceul n’a pas de Poches). Sans oublier le Dracula de Coppola. Inutile de chercher dans quelle scène du chef d’œuvre de Francis Ford Emmanuelle s’est tapé l’incruste (et l’acteur), puisque c’est dans le nanar de Christopher Coppola (neveu de), Dracula’s Widow, que Sylvia s’est illustrée, pour le plus grand plaisir de personne.

Sylvia Kristel a été de ces artistes adoubés trop tôt pour un rôle duquel ils ne parviendront jamais à se défaire (un peu comme Macaulay Culkin, mais avec des poils). L’actrice elle-même l’a sans doute compris, résignée sur le tard à revenir à ses premières amours et ses premiers émois en acceptant de figurer, au milieu des années 90, dans des productions aux titres dénués de toute ambiguïté : Emmanuelle au 7ème ciel, Le secret d’Emmanuelle, Le parfum d’Emmanuelle, Magique Emmanuelle, L’amour d’Emmanuelle, Emmanuelle à Venise, La revanche d’Emmanuelle, Éternelle Emmanuelle… Fuck Emmanuelle ! Car ce rôle-là a condamné celle qui l’a fidèlement incarné – avec résignation peut-être – à rater sa carrière. Y’a pas de justice : Emmanuelle est encore en vie. Mais Sylvia Kristel est morte. Paix à son cul.

Sylvia Kristel avait tenté de faire oublier Emmanuelle en chantant (habillée). Raté.
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