Prime Cut (Carnage)

19/09/11 par  |  publié dans : Cinéma, DVDs | Tags : ,

Lee Marvin dans Prime Cut

1972. On ne parle pas encore de Jaws ni Star Wars, et Michael Bay n’a que 7 ans (trop jeune pour faire des films, certains disent qu’il n’en avait pas moins atteint sa maturité scénaristique). Le nouvel Hollywood, en pleine politique des auteurs, se voit contraint couteau sous la gorge de produire un minimum de films pour les plus de 20 ans. C’est l’époque de Chiens de paille et Dirty Harry (1971), French Connection (1972), Un justicier dans la ville (1974…) des films aussi burnés que politiquement incorrects, cultivant une ambiguïté et des aspérités dont on pleure aujourd’hui la quasi extinction. Moins connu mais tout aussi brut de décoffrage, Prime Cut (“Carnage”) est un duel au sommet entre Lee Marvin et Gene Hackman sur fond de campagne profonde américaine.

C’est d’abord une histoire de mafieux. Un quidam, dont on aperçoit seulement le cul anonyme au milieu des vaches, est littéralement transformé en chapelet de saucisses dans un abattoir. C’est l’ultime réponse de Gene Hackman à un type qui lui demande “hé mec, ils sont où les 500k que je t’ai prêtés ?”. En désespoir de cause, et voyant son homme de main revenir en petits bouts par la poste, le type envoie Lee Marvin récupérer sa thune.

Et là, ce n’est plus trop une histoire de mafieux mais de regard. Quatorze ans avant Golden Child l’enfant sacré du Tibet – sommet de sa carrière hollywoodienne – le réalisateur enchaîne les bizarreries visuelles et thématiques, à l’image de la relation qui se noue entre Lee et Sissy Spacek, sauvée de l’enclos où elle avait été mise en vente à poil et au plus offrant. Le Midwest de Prime Cut convoque autant Massacre à la tronçonneuse et Délivrance que Dorothea Lange. On assiste à une course-poursuite avec une moissonneuse-batteuse tout droit sortie de La Mort aux Trousses. Et un petit air de Pasolini flotte dans une serre où les esclaves sexuelles grapillent quelques heures de sommeil entre deux orgies… L’épilogue à l’orphelinat achève de convaincre le spectateur médusé qu’il a assisté à un grand moment de what the fuck teinté d’auteurisme, plus qu’à un revenge movie d’exploitation seventies – ce que le film est aussi, et non sans défauts.

L’abattage de Lee Marvin et les touches d’humour noir valent à eux seuls le détour.

Prime Cut (Carnage) de Michael Richie (1972). DVD Carlotta disponible en septembre, avec comme bonus une bande-annonce vintage et, en guise de morceau de choix, une conversation intéressante entre Frédéric Schoendorffer et Jean-Pierre Dionnet (qui a du mal à en placer une).

Extraits et bande-annonce à visionner sur le site de Carlotta.

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2 commentaires

    jean charles  | 05/10/11 à 10 h 33 min

  • ahurissant, sec de chez dry, aucune concession, film passé inaperçu, et pourtant…., pour ceux qui ont aimé le point de non retour…. lee marvin au top… musique du grand lalo schiffrin….

  • envrak  | 05/10/11 à 15 h 42 min

  • Arf ! Oui, on a oublié de citer Schiffrin… merci d’avoir réparé l’injustice. Holden

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